Compte rendu du séminaire jeunes chercheurs du jeudi 12 décembre 2019

Le dernier Séminaire jeunes chercheurs du semestre d’automne 2019 a rassemblé une dizaine d’étudiants pour écouter les présentations de Pierre-Adrien Deffis et David Juilien.

Dans un premier temps, Pierre-Adrien Deffis, de HEC Paris et en année d’échange à l’Université de Tsinghua pour sa deuxième année de master, nous a présenté les facteurs à prendre en compte afin d’assurer une entrée réussie sur le marché chinois à travers les cas d’étude de Danone et SEB.

Après les réformes d’ouverture de 1978 et la libéralisation progressive du marché chinois vis-à-vis des entreprises étrangères, celles-ci ont pu dès les années 2000 passer d’un modèle de joint-ventures obligatoire à un modèle entièrement étranger, les WFOE (wholly foreign owned enterprises). Pierre-Adrien revoit l’histoire de la croissance et du déclin sur le marché chinois de Danone, entreprise de produits laitiers et bouteilles d’eau, qui s’est associée à l’entreprise chinoise de produits laitiers Wahaha dès 1995. Il présente son évolution et les dissidences qui se sont petit à petit installées entre ces deux associés aux objectifs différents, où Wahaha a commencé à concurrencer Danone. A travers une approche interactive, les participants au séminaire ont essayé de déterminer la réponse qu’aurait dû apporter Danone lorsque les conflits ont surgi.

Pierre-Adrien présente ensuite l’évolution sur le marché chinois de SEB, entreprise familiale devenue leader de l’électroménager en France. Après avoir discuté avec l’auditoire du meilleur choix entre créer une joint-venture ou une WFOE, en mettant en avant les avantages de chaque option, Pierre-Adrien montre comment SEB, en créant une WFOE, a sécurisé sa place sur le marché chinois dans le long terme. En effet, leur implantation s’est réalisée à travers un processus plus long, certes, mais qui a suivi les us et coutumes chinois dans le monde de l’entreprise, contrairement à Danone qui avaient adopté une approche beaucoup plus conflictuelle avec leurs partenaires chinois.

Ces deux cas d’études permettent à Pierre-Adrien de résumer les éléments clefs à suivre pour réaliser une implantation réussie sur le marché chinois d’après lui : il faut créer une relation de confiance et éviter les confrontations directes, communiquer de manière conséquente et s’adapter à la culture locale, trouver des valeurs communes et des ambitions partagées, investir en temps et en argent mais également mener un suivi régulier des activités pour éviter tout désagrément futur.

Dans un second temps, David Juilien, en quatrième année de doctorat à Paris VIII nous présente son sujet de thèse : « la géopolitique locale en Chine, de l’extraordinaire à l’ordinaire », qui se focalise sur l’étude des conflits dus à l’aménagement du territoire en Chine rurale dans la vallée du fleuve Nu et le barrage de Baihetan (au Sichuan et Yunnan). David Juilien a d’abord expliqué les choix de ses cas d’études, avant de s’attarder sur la méthodologie suivie. Celle-ci est articulée autour de quatre axes définis par la « méthodologie géopolitique locale » : les logiques résidentielle, politique, environnementale et économique.

A travers les entretiens que David Juilien a menés auprès de la population locale, il présente les différents conflits et paradoxes engendrés par la transformation de l’espace de vie due au réaménagement du territoire dans la vallée du fleuve Nu, où d’un côté cela permet le développement économique et touristique de la région, et ainsi lutte contre la pauvreté importante dans la région, mais où les modes de vie sont transformés (notamment dans le secteur agricole), les populations sont déplacées, et où la corruption locale détériore les processus de relocalisation.

Il en va de même pour la région entourant le barrage de Baihetan (à la frontière entre le Sichuan et le Yunnan), où des zones faciles à cultiver vont être submergées sans être compensées par des terres de même qualité plus à flanc de montagne. De plus, le contrôle des informations données au compte-gouttes à la population locale empêche les habitants d’avoir une connaissance holistique de leur situation de compensation et de relogement, ce qui met en exergue l’inégalité des potentiels conflits émergents.

Pour terminer sa présentation, David Juilien explique le conflit mené d’abord pas des ONG locales puis internationales vis-à-vis des projets de barrage sur le fleuve Nu contre la NDRC (Commission nationale pour le développement et la réforme). Ces actions ont mené à l’arrêt de 13 projets de construction de barrages dans cette vallée frontière du Myanmar, principalement pour des raisons environnementales.

Compte-rendu du séminaire jeunes chercheurs – 9 mai 2019

Le 9 mai 2019, le CFC a organisé un séminaire à destination des jeunes chercheurs qui a vu trois étudiants présenter leurs travaux de recherches en sciences sociales sur les thématiques d’architecture et de relations internationales, notamment dans le domaine de la sécurité. Nous avons eu le plaisir d’accueillir à cet occasion Mr. Jean-François DOULET, attaché du secteur de coopération universitaire et scientifique de l’Ambassade de France en Chine.

Tout d’abord, Renaud CRUELLS (河龙), étudiant en deuxième année de master à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris la Villette (ENSAPLV) en échange à l’Université de Tsinghua, nous a présenté son mémoire de master qui revient sur la coopération franco-chinoise en matière d’architecture de 1982 à nos jours.

Après avoir présenté ses méthodes de recherches, basées entre autres sur des entretiens avec différents acteurs de cette coopération, Renaud est dans un premier temps revenu sur les événements historiques marquants où s’est illustrée cette coopération – telle que l’exposition universelle de Shanghai. Il s’est ensuite intéressé aux collaborations culturelles entre les deux pays en matière d’architecture, rendue notamment possible grâce au rôle proactif de l’Observatoire de l’architecture de la Chine contemporaine, basé à Paris, ou encore grâce à la création d’ateliers croisés permettant les échanges de bonnes pratiques.

Le cœur de son sujet réside néanmoins dans la coopération politique franco-chinoise en matière d’architecture, en particulier à travers le programme présidentiel lancé sous Jacques Chirac et Jiang Zemin (江泽民) de 1998 à 2005 qui a permis à 150 architectes, urbanistes et paysagistes chinois de venir étudier en France. Ces échanges ont eu un impact durable sur la coopération franco-chinoise en matière d’architecture puisque les liens créés pendant leur séjour en France ont ensuite facilité une implantation des professionnels français en Chine, tout en véhiculant une vision et un apprentissage français de la matière aux praticiens chinois.

Giovanni GIAMELLO (胡乔), étudiant en deuxième année de master à l’Université de Aalborg en échange à l’Université des relations internationales, a pris le relai pour nous présenter son mémoire de recherche qui se focalise sur les relations entre la Chine et l’Union Européenne (UE) en matière de sécurité et étudie dans quelle mesure une coopération militaire en Afrique est possible.

Après avoir justifié le choix de cette thématique, Giovanni utilise le prisme de l’institutionnalisme néolibéral à travers la théorie de la coopération internationale pour traiter son sujet, mettant en exergue les caractéristiques de la situation géopolitique grâce aux notions de relations internationales telles que la « préférence au niveau des résultats », la réciprocité, la réputation, la confiance mutuelle, l’interdépendance etc.

Pour illustrer ses propos, Giovanni a choisi trois cas d’études, qui sont le Golfe d’Aden (près des côtes somaliennes), la République centrafricaine, et le Mali, où la coopération militaire entre la Chine et l’UE se décline de manière très différente. En effet, la coopération militaire dans le Golfe d’Aden a vu la formation de trois grandes coalitions, quand celle-ci est beaucoup plus limitée au Mali et se déroule principalement sous l’égide des missions de l’ONU. Pour conclure, la coopération militaire entre l’UE et la Chine en Afrique est possible, mais reste pour le moment multiple et limitée. Quant à un possible coopération trilatérale, celle-ci paraît pour le moment improbable, la partie chinoise privilégiant notamment les relations bilatérales avec ses partenaires africains.

Le dernier exposé de ce séminaire a été présenté par Iris MARJOLET (伊利斯), doctorante en troisième année à l’Institut national des langues et cultures orientales (INALCO) de Paris et présentement basée à l’Université du Peuple. Celle-ci a focalisé ses recherches sur la diplomatie de défense chinoise en Amérique Latine, en prenant notamment les cas de coopération bilatérale de défense avec le Venezuela et le Brésil.

Iris a d’abord examiné l’état de la littérature existante, indiquant un vide théorique de la coopération de défense bilatérale ainsi que l’absence de documentation fournie sur les perspectives chinoises ou d’Amérique Latine – la littérature présentant majoritairement un point de vue étasunien de la question. En introduisant le cadre théorique de la « diplomatie militaire / de défense et de sécurité », elle montre l’importance de la pluralité des définitions selon la perspective choisie.

Iris a également rapidement balayé la situation géopolitique en la matière, tout en justifiant le choix du Venezuela et du Brésil à travers les caractéristiques de coopération bilatérale de défense actuelle. En effet, le Venezuela présente des liens assez forts avec la Chine en matière de coopération militaire, en particulier grâce à la vente d’armes. Le Brésil quant à lui est le premier pays d’Amérique Latine à avoir signé un contrat de défense avec la Chine, même si l’arrivée du président Bolsonaro et son rapprochement avec les États-Unis apporte une incertitude sur sa réalisation concrète.

Discuter de cette thématique très sensible et où peu de littérature existe a été l’occasion pour les participants de comprendre de manière très concrète les défis que peuvent apporter la recherche dans le milieu des sciences sociales, et notamment pour tout ce qui touche au domaine de la sécurité. Florence Padovani, directrice du CFC, et Jean-François Doulet, tous deux détenteurs d’un doctorat en sciences sociales, ont ainsi pu apporter leurs conseils et suggestions sur la manière de faire face aux différents problèmes pouvant survenir durant les recherches.

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Ce séminaire a été l’occasion de rassembler une dizaine d’étudiants en sciences sociales mais également en sciences dures faisant leurs études de doctorat ou de master dans la capitale chinoise. La prochaine et dernière session de cette année scolaire verra donc des étudiants en sciences dures présenter leurs travaux, ce qui sera l’occasion de comparer les différentes approches et caractéristiques de la recherche en sciences humaines et sociales et en sciences dures.