Conférence de David Camroux le 28 novembre 2019 à 19h au Schwarzman College : « Populisme, y a t-il une variante asiatique particulière ? »

With the publication of the first handbooks, the study of populism is developing as a sub-discipline of comparative politics. Yet the term « populism » has become so widely used in the media that its salience as an empirical category could be called into question. In this presentation, Pr. Camroux wish to suggest three ways of looking at populism: as strategy, performative style and thin ideology, and propose, following Jan Müller, a limited definition. In looking at three contemporary leaders in Southeast Asia – Rodrigo Duterte, Hun Sen and Aung San Suu Kyi – he argues that populist theory provides a useful analytical grid for examining contemporary political practice. David Camroux’s reflections on the subject spring from a stimulating research group at Sciences Po on the ‘New Demagogues’, whose work has resulted in a first edited volume Les populismes au pouvoir.

Comptes rendus des conférences de François Bafoil du 31 octobre 2019 et du 1er novembre 2019 : « Le nouveau populisme en Europe. Les mesures sociales redistributives et la politique conservatrice en Pologne »

Les 31 octobre et 1er novembre 2019, le sociologue et politologue François Bafoil, du Centre de recherches internationales (CERI) spécialiste de l’Europe centrale et de l’est, a donné deux conférences sur le thème « Le nouveau populisme en Europe. Les mesures sociales redistributives et la politique conservatrice en Pologne ». La première s’est déroulée à l’Université du peuple, en collaboration avec le Département des relations internationales (SIS) et l’Institut d’études sur la Russie et l’Europe de l’est et l’Asie centrale, à laquelle une quarantaine d’étudiants et professeurs ont assisté. La seconde s’est tenue autour d’une table-ronde rassemblant des chercheuses et des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences sociales (CASS) à l’Institut d’études européennes de la CASS.

A l’Université du peuple

En remarques introductives, François Bafoil a rappelé qu’il n’y a pas de définition académique du populisme. Dans leurs définitions, Dominique Reynié insiste sur le sentiment de perte de la part des individus, tandis que Yves Surel s’appuie sur la vision unitaire d’un peuple, dimensions toutes deux présentes dans le populisme polonais. La référence au « peuple » dans le terme de populisme peut se baser sur une définition « positive » du territoire unifié et d’une ethnie majoritaire, ou bien « négative » en opposant le soi à l’étranger, définition essentielle dans le populisme en Pologne de nos jours. François Bafoil a insisté sur le fait que le populisme ne définit pas un régime, une politique ou une région administrative, mais bien un comportement, une rhétorique.

Professeur Bafoil

Dans un premier temps, professeur Bafoil est revenu sur l’histoire de l’identité et la souveraineté polonaise. La Pologne a disparu en 1795, divisée entre plusieurs empires, la Russie, la Prusse, l’Empire habsbourgeois et l’Empire ottoman. Elle n’est réapparue qu’en 1918 et n’a été autonome qu’entre 1920 et 1939 avant d’être occupée de nouveau par les Allemands nazis et les Soviétiques. Ces deux totalitarismes ont paradoxalement réalisé l’homogénéité ethnique de la Pologne durant la deuxième Guerre mondiale, à l’issue de laquelle il n’est resté que 97% de Polonais ethniques dans les nouvelles frontières de la Pologne. Ceci est essentiel pour comprendre le « populisme » polonais, qui est un « souverainisme national pour le Peuple entendu comme celui de l’ethnie polonaise », a avancé professeur Bafoil.

L’identité polonaise, en l’absence d’État pendant de nombreuses décennies, s’est construite autour de l’Église catholique, la paysannerie, les anciennes élites nobiliaires et la langue et la littérature. Historiquement, l’imaginaire national a consisté à poser la Pologne comme défense de l’Europe et ses valeurs. En reprenant les définitions « positive » et « négative » de l’identité, l’identité polonaise se caractérise par la définition des alliés, c’est-à-dire le peuple travailleur des classes ouvrières et paysannes, l’Eglise catholique, ainsi que les amis historiques que sont les USA, principaux défenseurs militaires de la Pologne ; et la définition de ses ennemis, que sont les Juifs, les Russes, les Allemands, ainsi que Bruxelles et l’architecture bureaucratique de l’Union européenne (UE), considérée comme le nouvel impérialisme limitant la souveraineté polonaise.

Les soubassements du populisme actuel se caractérisent par une démographie en perte avec une chute des taux de fécondité, et un refus complet d’accepter des migrants musulmans, à l’opposé de cette identité polonaise fondée sur le catholicisme.

A l’Académie des sciences sociales de Chine

Dans un second temps, professeur Bafoil revient sur le parti actuellement au pouvoir, Prawo i Sprawiedliwość (PiS, « droit et justice »), porté au pouvoir en 2015 par son chef, Jaroslaw Kaczyński et que les dernières élections en 2019 ont confirmé à son poste. Ce parti a su satisfaire les attentes d’un très grand nombre d’individus lésés par la mondialisation, en s’appuyant sur un discours populiste basé sur la souveraineté, sur le peuple, l’identité polonaise, le catholicisme, et contre les migrants, contre l’Autre, mais également dénonçant les accords de 1989 et la corruption de la classe politique antérieure.  

François Bafoil explicite ensuite la politique menée par PiS. Celle-ci se dresse contre l’État de droit, en attaquant les principes fondateurs de l’Union européenne et plus anciennement des démocraties, à savoir le droit des citoyens à être protégé par l’État qui doit garantir la liberté d’expression, une presse libre et une justice indépendante. Les politiques conduites par le PiS rassemblent une attaque contre la justice, une lutte contre une culture indépendante ainsi qu’une tentative de contrôler les médias, soit des attaques contre toute pensée indépendante et autonome pouvant contester le PiS.

L’ordre politico-moral mis en avant soutient la défense de la souveraineté et se place contre les étrangers et l’Islam. Cet ordre conservateur fait face néanmoins à des problèmes majeurs, notamment concernant la pédophilie dans l’Église, qui a profondément ébranlé cette institution, la lutte contre l’Islam et les migrants, ainsi que les attaques contre les communautés LGBT.

Traduction de Lihua (李华)

L’autre volant des politiques mises en œuvre par le PiS est d’ordre économique et social. La Pologne, grâce à des aides massives de l’Union européenne avec 100 milliards d’euro en fonds structurels et politique agricole, ainsi que l’arrivée massive des investissements directs étrangers, a eu un extraordinaire succès économique, avec une croissance du PIB qui devrait atteindre 5% cette année et un taux de chômage de seulement 3,4%. Grâce à une bonne gestion des entrées d’argent, le PiS, qui succède à un parti libéral, pro-Bruxelles et obnubilé par les économies budgétaires, a su mettre en place un authentique programme socialiste, en redistribuant vers les « perdants de la transition », lui assurant la légitimité politique nécessaire pour se maintenir au pouvoir.

Audience à l’Université du peuple

En conclusion, François Bafoil a synthétisé la définition du populisme en Pologne, reposant sur des constantes du populisme, à savoir le rapport ambigu à la démocratie autour d’un schéma qui s’appuie sur un rappel de la souveraineté populaire, la trahison des élites et un passé mythifié ; ainsi qu’une valorisation du peuple comme unique référent. Le populisme démontre un caractère anti-pluraliste au bénéfice de l’unité du peuple. Cette rhétorique s’épanouit dans un État traditionnel, qui se fonde sur une société extrêmement clivée. Ce qui fait de la Pologne un cas original est que cet État nouveau se fonde sur une très vaste redistribution sociale couplée d’un vaste clientélisme vis-à-vis des « laissés pour compte » de la mondialisation.

Lors de la séance de questions-réponses qui s’est déroulée à l’Université du peuple, les professeurs autour de la table ont abordé de nombreux sujets, notamment l’absence de définition du populisme, l’incapacité de l’Union européenne à apaiser les tensions populistes polonaises dans cet État-membre souverain, la pérennité économique de la Pologne (qui se base fortement sur les aides de l’UE et les investissements étrangers) ou encore le paradoxe révélé par le discours populiste en Pologne contre l’Union européenne quand c’est celle-ci même qui soutient financièrement une partie de l’économie et du développement polonais.

Professeurs LIU Xu (刘旭), BO Guoliang (薄国良), CHEN Xinming (陈新明) et GUO Chunsheng (郭春生) de l’Institut d’études sur la Russie et l’Europe de l’est et l’Asie centrale

Durant la séance de questions-réponses à l’Académie chinoise des sciences sociales, professeur Liu Zuokui (刘作奎) a mis l’accent sur la situation géopolitique de la Pologne, toujours prise entre la Russie et l’Allemagne, opportunité pour François Bafoil d’affirmer que l’Union européenne est une chance historique pour la Pologne, car c’est la première fois dans l’histoire que celle-ci voit sa sécurité et ses frontières garanties. Il rappelle également que malgré un gouvernement s’affichant anti-UE, la société polonaise présente les taux pro-Européens les plus hauts.

Professeur Bafoil a également délimité les différences entre la Pologne et la Hongrie, dont les tendances autoritaires pourraient sembler similaires. D’après lui, Viktor Orbán a beaucoup plus de possibilités d’imposer des dérives autoritaires que Jaroslaw Kaczyński, qui se heurte à une opposition historiquement beaucoup plus forte et articulée. De plus, le PiS jouant « cavalier seul », contrairement au parti hongrois Fidesz, membre des droits européennes, est beaucoup plus attaquable par les députés du Parlement européen. Cela est paradoxal pour professeur Bafoil qui considère la dérive autoritaire beaucoup plus importante en Hongrie.

Professeurs LIU Zuokui (刘作奎) et ZHANG Jinling (张金岭) de l’Institut d’études européennes de la CASS

François Bafoil a répondu aux questions du professeur Zhang Jinling (张金岭), co-organisateur de l’événement, en soulignant les similitudes entre la France et la Pologne, deux pays à la grandeur passée, une nation ethnique, avec une ethnie majoritaire (quasi exclusive), et citoyenne, avec une citoyenneté très profonde qui vient des champs de bataille. Enfin, cette séance s’est terminée sur les différences entre l’entrée dans l’Union européenne de la Pologne et celle trois années plus tard de la Bulgarie et la Roumanie, qui contrairement à la Pologne, n’ont pas su régler le problème rampant de la corruption.

Professeur GUO Chunsheng (郭春生), directeur actuel de l’Institut de recherche sur le socialisme du département de relations internationales de l’Université du peuple remettant un cadeau au professeur Bafoil

Ces deux séances ont été ponctuées d’échanges très fructueux sur cette thématique actuelle qu’est le populisme à travers un exemple parfaitement connu par François Bafoil. Les discussions ont été facilitées par Li Hua (李华) et Lin Lin (林琳), nos deux traductrices, dont nous saluons ici le très bon travail. Nous remercions également professeurs Liu Xu (刘旭) de l’Université du peuple, et professeur Zhang Jinling (张金岭) de la CASS pour leur accueil et leur organisation.

Lin Lin (林琳) traduisant Pr. Bafoil à la CASS

 

Compte-rendu des conférences de Marie Mendras sur la politique russe – 18 et 19 avril 2019

Russian Elites: Leading Groups vs. Non-ruling Elites

Lors de la conférence à l’Université du Peuple (人民大学) co-organisée par l’École des affaires internationales de l’établissement à laquelle une quarantaine de professeurs et étudiants ont assisté, Marie Mendras a décidé d’examiner la politique intérieure et extérieure russe à travers le prisme des élites actuelles, point central pour comprendre la politique de ce pays qui a connu et connaît encore de grands changements.

Tout d’abord, Pr. Mendras a rappelé que la Russie, vaste territoire majoritairement peuplé aux portes de l’Europe, ne présente pas une société unifiée mais plurielle. La réticence du régime à mettre en place des réformes politiques, économiques et sociales, durant ces dernières années a entraîné une hausse des inégalités en même temps qu’une baisse du niveau de vie moyen de la population, ce qui a engendré de plus en plus de protestation et de mécontentement, notamment au sein des élites et de la classe moyenne qui s’étaient enrichies dans les années 2000s. Selon Pr. Mendras, Vladimir Poutine a bénéficié d’une décennie en or quand il a pris le pouvoir. Pendant huit ans d’affilée, de 2000 à 2008, le prix du pétrole n’a cessé d’augmenter et la population russe est devenue une société de consommation. En 2008, la crise financière mondiale et la baisse du prix des hydrocarbures bouleverse la donne.

Pr. Mendras avance que le bon paradigme pour comprendre la politique domestique n’est pas bipolaire (c’est-à-dire le pouvoir face au peuple), mais bien tripolaire : les groupes dirigeants, la société, mais également les élites professionnelles et la classe moyenne aisée et éduquée qui ont un impact sur le développement du pays.

Liu Xu (刘旭) traduisant les propos de Marie Mendras en chinois

Marie Mendras revient sur la définition même des « élites russes ». Les divisions et tensions entre élites dirigeantes et élites non-dirigeantes apparaissent de plus en plus fortes. Ces dissensions sont dues au fait que les « parts du gâteau » se réduisent dans la relation clientéliste, mais également au fait qu’il n’y a plus de système institutionnalisé et transparent dans la prise de décision, privant ainsi les acteurs économiques de garanties juridiques et de protection.

Pour ces élites qui ne voient aucune amélioration de la situation économique dans un futur proche, Pr. Mendras emprunte la trilogie d’Albert Hirshman pour expliquer leurs choix d’action : s’en aller pour de bon (exit) – ou bien en partie (semi-exit) à travers les « diasporas temporaires » que composent des Russes partis à l’étranger mais qui gardent de la famille ou une partie de leur business en Russie ; protester (voice), ou rester fidèle au régime (loyalty). Marie Mendras souligne pour ce dernier point que la loyauté « active » diminue au profit d’une forme de résistance passive de la part de la population. Cela est d’autant plus vrai depuis l’annexion de la Crimée et le conflit du Donbass du fait des sanctions économiques qui touchent directement les dirigeants russes, rajoute Pr. Mendras en remarques conclusives, ouvrant le débat sur l’influence que peut encore exercer la Fédération de Russie sur la scène internationale.

Lors de la riche session de questions-réponses qui a suivi, de nombreux points ont été abordés, tant sur la politique extérieure qu’intérieure de la Russie. Les débats ont notamment porté sur le poids réel des sanctions internationales sur l’économie russe, la place de la Russie dans les affaires internationales et notamment en tant que « partenaire mineur » de la Chine ; mais également sur les questions de démocratie, de pérennité du régime, ou du fonctionnement des instances dirigeantes. La session de questions-réponses a été l’occasion pour Marie Mendras d’insister sur le fait que les Russes se sentent avant tout Européens, tant géographiquement que culturellement parlant, et que ce n’est d’après elle qu’en appartenant plus à cet espace que la Russie pourra jouer un plus grand rôle sur la scène internationale.

Sandrine Fontaine, Liu Xu (刘旭), Marie Mendras, Florence Padovani et Fang Lexian (房乐宪) à l’Université du Peuple

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Is Russia Still a Great Power?

Lors de sa seconde intervention au College Schwarzman de l’Université de Tsinghua ayant rassemblé une vingtaine de participants, en continuation avec la précédente conférence, Marie Mendras a centré son exposé sur le rôle de la Russie sur la scène internationale remis dans un contexte historique de grands changements durant ces trente dernières années.

Marie Mendras durant son exposé – Schwarzman College

Marie Mendras est dans un premier temps revenue sur l’importance des événements historiques des années 1989-1991 ayant mené à la chute rapide et pacifique de l’URSS, point de départ de changements drastiques dans le pays. Elle a avancé que pendant les années de transformation de la fin des années 1980 jusqu’en 1991-1992, la grande majorité des 300 millions de Soviétiques ont accueilli avec enthousiasme les réformes politico-économiques, avant que celles-ci ne conduisent à une grave crise économique dès 1992. Pr. Mendras a mis l’accent sur la perception des Russes, qui ont, comme les autres Républiques soviétiques, voté pour la pleine souveraineté de leur république (la Fédération de Russie) mais ont dans le même temps perdu le statut de super puissance. A partir de 1991, Moscou n’est plus la capitale d’un empire, mais d’un État de 145 millions d’habitants. Alors que l’Ukraine, les Républiques baltes, la Géorgie, l’Arménie ont bâti une identité nationale sur la sortie de l’empire russe, il était beaucoup plus difficile pour les Russes de refonder une identité propre après l’effondrement de l’URSS et du camp socialiste. Ceci, ajouté à la proactivité des Européens à vouloir ramener ces nouveaux pays sous l’égide des institutions « occidentales », a cristallisé chez les élites russes un sentiment de frustration entachant leurs relations avec l’Europe et plus généralement les pays d’« Occident ».

En effet, pour Moscou, l’essentiel était qu’aucune des anciennes Républiques soviétiques ne devienne membre de l’Union Européenne (UE) ou de l’OTAN. C’est ainsi que les autorités ont justifié l’intervention militaire russe en Géorgie en 2008 mais au prix d’une dégradation des relations entre la Fédération de Russie et ses partenaires occidentaux. Selon Pr. Mendras, le conflit ukrainien de 2014 est le point de basculement ; intervenir dans le Donbass, après avoir annexé la Crimée, était une erreur qui a coûté cher à la Russie : isolement diplomatique, réduction des échanges avec les pays occidentaux, et sanctions ciblées qui ont touché les dirigeants et les milieux d’affaires russes.

Marie Mendras et Florence Padovani – Schwarzman College

De fait, Marie Mendras explique la logique sous-jacente à cette position de confrontation directe malgré les préjudices subis. Il y a tout d’abord des raisons internes : le régime Poutine n’a plus le même soutien de la société et des élites, car le pays est de plus en plus mal gouverné et le mécontentement monte ; il est tentant d’utiliser les conflits extérieurs, et le slogan de « la nation en danger » pour remobiliser la population, et rester au pouvoir. De plus, dans le monde globalisé actuel, la Russie n’est plus une superpuissance. En dépit de ses richesses en matières premières, elle perd de l’influence dans la plupart des régions du monde face aux acteurs économiques dominants que sont les Etats-Unis, l’UE et la Chine. Par ailleurs, les dirigeants russes se méfient du multilatéralisme – économique, diplomatique et sécuritaire – et deviennent un « partenaire junior » de Pékin dans les grands projets chinois. L’utilisation de la subversion (cyber-attaques, fake news, désinformation) ou de l’engagement militaire est donc pour la Russie un moyen de rester sur le devant de la scène internationale en adoptant ce rôle de « déstabilisateur » des pays démocratiques.

En conclusion, Pr. Mendras considère toujours la Fédération de Russie comme un grand pays, mais qui n’est plus ni compétitif ni attractif et a en quelques sortes « perdu la bataille de la mondialisation » en creusant le retard avec la Chine ou de l’UE, et en perdant la relation stratégique privilégiée qu’elle avait avec les États-Unis. La Russie semble orpheline de son statut de superpuissance et ne paraît pas capable, ou peu encline, à faire des compromis et des ajustements pour construire de nouvelles relations dans les instances multilatérales. De fait, les groupes dirigeants ont peur des réformes et du changement, ils sont réticents à prendre des risques, car ils veulent garder le pouvoir à tout prix. Néanmoins, Marie Mendras voit dans l’Ukraine un exemple dont la Russie pourrait s’inspirer pour essayer, dans les 10 ou 20 ans à venir, d’intégrer et d’appartenir à un grand espace : l’espace européen.

La session de questions-réponses suivant cette présentation a été animée de questions très pertinentes ayant trait à la possibilité d’une inclusion plus grande de la part des Européens après la chute de l’Union Soviétique, aux erreurs commises par les Européens dans leur aide aux réformes en Russie à cette époque, mais également à des questions identitaires, notamment sur le concept de « monde russe » et le fait que la construction de l’identité nationale ne peut se fonder sur la notion d’État-nation russe, car la Russie ne l’a jamais été. Aborder cette thématique a permis à Marie Mendras d’expliquer que les actions hostiles de Poutine vis-à-vis des pays voisins ont abouti au résultat inverse de celui escompté : l’Ukraine est sortie de l’orbite russe, et Moscou perd peu à peu sa sphère d’influence. Enfin, les débats se sont conclus sur l’utilisation à la fois des cyber-attaques et de la force militaire, qui constituent désormais les principaux instruments de l’arsenal russe dans la confrontation avec les démocraties libérales.

Conférences de Marie Mendras sur la politique russe – 18 et 19 avril 2019

A l’occasion de sa venue à Pékin, vous êtes invité.e.s à participer aux prochaines conférences de la chercheuse française Marie Mendras, spécialiste de la politique russe !

La première conférence se déroulera à l’Université du Peuple (人民大学) dans le bâtiment international Mingde en salle de réunion 406 le jeudi 18 avril 2019 de 12:30 à 14:30, avec pour thème «Elites in Russia: Leadership Groups Vs. Non-ruling Elites».

La deuxième conférence se tiendra au Schwarzman College de l’Université de Tsinghua le vendredi 19 avril de 11:00 à 12:30 et sera centrée sur «Is Russia Still a Great Power?».

Lors de ses interventions, Pr. Marie Mendras reviendra sur les dilemmes auxquels le pouvoir russe est confronté de nos jours, tant sur la scène internationale que dans sa politique interne.

Ces événements sont ouverts à tous ! Veuillez vous inscrire par mail à contact@beijing-cfc.org pour la première conférence ; et scanner le QR code sur l’affiche ci-dessous pour participer à la deuxième conférence.

Les conférences se tiendront en anglais.

Venez nombreux !