Publication de l’ouvrage « Participation publique et gouvernance sociale »

L’équipe du Centre Franco-Chinois de l’université Tsinghua est fière d’annoncer la publication en mandarin de l’ouvrage Participation publique et gouvernance sociale ( 公众参与和社会治理 – Public participation and Social governance ) aux Éditions encyclopédiques de Chine (中国大百科全书出版社 – Encyclopedia of China Publishing House).

Livre CFCPrésentation:
A travers le prisme de grandes questions sociales auxquelles la France – au même titre que la Chine- est aujourd’hui confrontée comme l’accès à l’éducation des enfants migrants, la place des prostitués dans la société, la marginalisation des populations pauvres ou encore la prise en compte de la crise environnementale, cet ouvrage offre un regard nouveau sur l’expérience démocratique en France, les épreuves qu’elle traverse et sur la manière dont elle cherche à se renouveler. En s’intéressant aux formes institutionnalisées et non institutionnalisées de participation, comme les mobilisations ou la participation du public dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques, ce livre privilégie une approche dynamique et par le bas de la démocratie, centrée sur les initiatives et la capacité d’agir des acteurs. Les contributions réunies dans ce livre, issues de séminaires organisés par le CFC à Tsinghua entre 2014 et 2017, éclairent la manière de faire des sciences en France, mettant en particulier en avant l’importance de la dimension empirique et de l’esprit critique, source d’innovations scientifiques et du changement social.

Référence de l’ouvrage:
Ke Lei (Chloé Froissart) (Dir.), Gongzhong canyu he shehui zhili, Pékin, Zhongguo dabaike quanshu chubanshe, 2018, 238 p.

Flyer de présentation de l’ouvrage

Vidéo de la conférence de Michel Dobry – « La « structure » du système international. Quelques problèmes de recherche »

M. Michel Dobry

Professeur émérite de sciences politiques à la Sorbonne

L’objet de la conférence est de revenir sur la façon dont les approches contemporaines des relations internationales conçoivent la « structure » du système international. La question est difficile et de nombreux auteurs tentent d’ailleurs, pour cette raison, de l’ignorer, sans jamais être capables, pour autant, de montrer qu’il serait possible de rendre compte des comportements ou des politiques étrangères des divers acteurs du système international (dont en particulier les Etats) en observant exclusivement les caractéristiques «internes» à chacun d’entre eux. La conférence partira d’une discussion critique des principales conceptualisations de la « structure » du système international autour desquelles s’organisent aujourd’hui les débats et les clivages académiques, notamment les systématisations théoriques issues du « réalisme structural » et celles des approches qui s’y opposent le plus vigoureusement, les démarches qui se veulent « constructivistes ».


Vidéo de la conférence de Michel Dobry – « Penser les crises politiques »

M. Michel Dobry

Professeur émérite de sciences politiques à la Sorbonne

Rendre intelligibles des événements critiques tels que, par exemple, les « crises politiques » de 1958 et de 1968 en France, ou celle de 1923 dans l’Allemagne de Weimar, les « révolutions » de 1917 en Russie et de 1979 en Iran, suppose de changer le regard que les sciences sociales portent sur eux. Plus précisément cela requiert de s’attacher à ce qui se passe dans les processus constitutifs de ces événements, c’est-à-dire en particulier à ce que font leurs acteurs, et pas seulement, ni d’abord, à leurs prétendues « causes », à leur étiologie, ou à leurs résultats ou à leurs conséquences plus ou moins lointaines. C’est à cette condition qu’il devient possible d’identifier les propriétés de la dynamique propre à ces processus, dynamique qui tend à s’arracher aux facteurs historiques singuliers qui leur ont donné naissance. Ces événements critiques – ou, mieux, ces conjonctures fluides – apparaissent dès lors sous un jour nouveau, à la fois comme des états particuliers des « structures » des systèmes sociaux complexes dans lesquels ces événements prennent place et comme des logiques de situation originales qui contraignent puissamment les perceptions, calculs et actions de l’ensemble de leurs protagonistes.

 

Conférences de Michel Dobry : « Penser les crises politiques et les révolutions » – « Les causalités de l’improbable », 14 et 15 octobre 2014

Dans le cadre de son cycle de séminaires « Actions collectives et participation », le Centre franco-chinois a eu le plaisir d’accueillir Michel Dobry, professeur émérite à Paris 1, pour deux conférences à l’université Tsinghua, la première sur les causalités de l’action collective le 14 octobre 2014, et la deuxième sur les crises politiques le 15 octobre 2014.

« Les causalités de l’improbable : comprendre l’action collective contestataire»

Comment les actions collectives ou mobilisation protestataires émergent-elles ? Faut-il en rechercher l’explication dans les motivations de leurs acteurs? Pour y répondre, Michel Dobry a pris l’exemple des mobilisations de rue qui se sont déroulées dans certains pays de l’Europe de l’Est à la fin des années 1980.

« Penser les crises politiques et les révolutions »

Voir la première partie de la conférence
Voir la deuxième partie de la conférence

Lors de sa deuxième conférence à l’université Tsinghua, Michel Dobry a présenté les réflexions issues de son ouvrage majeur, Sociologie des crises politiques, sur les processus critiques des systèmes sociaux complexes. Selon Michel Dobry, sa théorie des conjonctures fluides permet d’expliquer aussi bien les événements de mai 68 en France, que les bouleversements qui se sont produits en Europe de l’Est à la fin des années 1980 ou encore plus récemment les révolutions dans les pays arabes. Sa théorie doit cependant être replacée dans le cadre de systèmes complexes, c’est-à-dire de sociétés composées de secteurs sociaux différenciés et plus ou moins autonomes les uns vis-à-vis des autres, qui possèdent des logiques sociales et des systèmes de contraintes spécifiques. Bien entendu, ces systèmes complexes sont historiquement déterminés : ils sont rares et ne prétendent pas à durer éternellement.

Dans ce cadre, l’analyse des crises politiques ne doit être abordée en fonction de leurs résultats, mais du processus qui a permis l’émergence de ces crises. En cela, Michel Dobry s’oppose à ce qu’il nomme « l’illusion héroïque » et la vision téléologique des crises politiques : au contraire de certains théoricien et praticiens de la révolution, comme Lénine et Trotski, on ne peut analyser les crises politiques en fonction du choix des leaders ou de la direction du Parti. Au contraire, les crises politiques doivent se comprendre comme un changement d’état des systèmes complexes (plasticité des systèmes complexes). Les processus critiques, comme mai 68 en France, la Révolution tunisienne ou encore la Révolution culturelle, font émerger la mobilisation de secteurs différenciés de la société, qui n’avaient auparavant pas de liens entre eux. On assiste durant ces crises politiques à la désectorisation conjoncturelle de l’espace social, c’est-à-dire que dans les sociétés complexes où les secteurs sociaux étaient relativement cloisonnés et autonomes, le moment du processus critique amène ces mêmes secteurs à réduire leur autonomie les uns par rapport aux autres, à se rencontrer et se mobiliser ensemble. Ces processus critiques rompent la temporalité propre aux secteurs, mais ont également des effets importants sur l’agir et le calcul des acteurs, qui ne peuvent plus anticiper leurs actions comme auparavant. Pour Michel Dobry, les processus critiques sont toutes structurées par ce moment d’incertitude produite par la désectorisation de l’espace social, qui ne permet pas de penser les crises politiques et révolutions comme le produit des choix rationnels des différents acteurs. Pour reprendre l’exemple de mai 68, ni le Général de Gaulle, ni Daniel Cohn-Bendit ne comprenaient ce qu’il se passait, ni ne pouvaient anticiper sur la suite des événements.

La discussion après l’intervention de Michel Dobry, notamment grâce au professeure Liu Yu, discutante de la conférence, a permis de replacer la discussion dans le cadre des crises politiques qui ont au fil des années affectées la Chine. Lors de la discussion, Liu Yu a soulevé la difficulté apparente que rencontre la théorie de Michel Dobry, face au changement de régime espagnol lors de la mort de Franco. Michel Dobry a cependant fait remarqué que ce changement politique est intervenu dans une société non-complexe, où la crise a été évitée à l’aide d’un « pacte » entre les différents secteurs de la société.

Conférence de Michel Dobry : « La « structure » du système international. Quelques problèmes de recherche », 17 octobre 2014

Le Centre franco-chinois a eu le plaisir d’accueillir Michel Dobry, professeur émérite à Paris 1, pour une conférence sur la « structure » du système international le 17 octobre 2014.

« La « structure » du système international. Quelques problèmes de recherche »

Voir la première partie de la conférence
Voir la deuxième partie de la conférence

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Pour sa deuxième conférence à Tsinghua, Michel Dobry est revenu sur les approches contemporaines de la « structure » du système international, autour des théories de deux grands penseurs des relations internationales, Kenneth Waltz et Alexander Wendt. L’approche dite du « réalisme structural » de Waltz lui permet de penser la structure du système international en tant que construction intellectuelle du chercheur, à la manière de l’idéal-type weberien. Pour Waltz, le système international est profondément anarchique, c’est-à-dire qu’aucun super-État n’est en mesure de dominer tous les autres, mais les capacités des différents États sont inégalement réparties. De là, Waltz établit que la politique étrangère des acteurs du système international est fondamentalement celle de la Realpolitik, les amenant à nécessairement rééquilibrer la puissance, lorsque celle-ci est hégémonique. L’approche de Waltz est contestée par Wendt, pour qui la structure du système international est un phénomène plus idéel que matériel, le fondement du système international se trouve pour lui dans la « connaissance partagée » (shared knowledge), symbolisée par les idées, représentations collectives ou différentes formes de cultures, inégalement répartie entre les acteurs.

Pour mieux envisager la portée théorique de ces deux approches, Michel Dobry a soumis les idées de Waltz et Wendt à l’épreuve des faits, en particulier la recomposition du système international après la chute de l’URSS. En effet, si l’on admet que le système international était bipolaire avant les années 1990, quand un de ces deux pôles s’effondre, on devrait théoriquement considérer que le système international est alors devenu unipolaire, dominé par la seule puissance États-unienne. Pour Waltz cependant, dont les théories prédisent un rééquilibrage de la puissance au sein du système international, ce moment unipolaire ne peut être que volatile, destiné à disparaître. Cependant, depuis les années 1990, le rééquilibrage ne s’est de fait pas produit, ce qui ne veut pas dire que les autres acteurs du système international n’ont pas systématiquement tenté de rééquilibrer la puissance des États-Unis. Cela contredit également les théories constructivistes de Wendt, pour qui appartenir à une communauté d’ « amis », comme l’OTAN, devrait interdire les tentatives de rééquilibrage, alors que nous nous rappelons que lors de la guerre en Irak, la France a menacé d’utiliser son droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les approches structuralistes de Waltz comme de Wendt, peinent toutes deux à rendre compte de l’action des acteurs. Beaucoup de structuralistes pensent que la pratique consiste à appliquer les normes et les règles, ce qui, pour Michel Dobry, est une impasse, car on ne comprend plus alors ce que les acteurs sont capables de faire avec les règles, et contre les règles.