Interview de Chloé Froissart pour iD4D, blog animé par l’Agence Française de Développement

La Chine et ses migrants : des progrès fragiles

Interview de Chloé Froissart, parue le 26 juillet 2018 sur le blog iD4D, blog animé par l’Agence Française de Développement – Copyright ID4D.

La Chine et ses migrants CFC FR

La Chine compte près de 300 millions de travailleurs migrants aux conditions de vie très précaires. Chloé Froissart, directrice du Centre franco-chinois en sciences sociales à l’université Tsinghua (Pékin), analyse la situation juridique et sociale de cette population.

Les flux migratoires intérieurs en Chine restent massifs et s’étendent sur tout le pays, depuis le centre et l’ouest vers la côte est. À combien estime-t-on aujourd’hui le nombre de travailleurs migrants ?

Selon le rapport du Bureau national des statistiques publié en avril 2018, il y avait 286,52 millions de travailleurs migrants en Chine en 2017. Leur nombre continue à augmenter. On en compte 4,81 millions en plus par rapport à 2016, soit une progression de 1,7 %. Par ailleurs, les statistiques ne représentent qu’une partie de la population de ces migrants. Beaucoup ne sont pas enregistrés et ils ne sont donc pas recensés. Prenons l’exemple d’une ville comme Shanghai : la population totale est officiellement de 24 millions, mais elle peut parfois atteindre 30 millions, avec une moyenne de 28 millions.

Longtemps, ces travailleurs migrants se sont massés dans les grands centres manufacturiers du sud de la Chine. Est-ce encore le cas ?

 De plus en plus de migrants chinois choisissent désormais de rester près de chez eux. L’écart de développement entre les zones de l’intérieure rurales – d’où les migrants sont traditionnellement originaires – et les zones côtières riches et industrialisées qui ont été leur destination se réduit progressivement. En 2017, les migrants dans les régions côtières gagnaient 13 % de plus que ceux des régions du centre ou de l’ouest. Mais la croissance des salaires dans ces régions les plus prospères a ralenti. Elle était de 6,4 % en 2017 contre 21 % en 2011, alors que l’augmentation des salaires dans la Chine de l’intérieur a atteint un pic à 7,5 %.

De nombreux migrants choisissent également de déménager dans des villes proches de leur domicile pour des raisons personnelles. Beaucoup sont en effet des enfants uniques et désirent avoir un accès facile à leur famille, comme le décrit un récent article du magazine Caixin. Tous ces changements se reflètent dans la proportion de migrants qui ont quitté leur province de résidence pour travailler, comparativement à ceux qui migrent au sein de leur province d’origine. En 2008, 53,3 % des migrants travaillaient dans une autre région que la leur. Ce chiffre est tombé à 44,7 % en 2017.

Le « hukou », ce passeport intérieur chinois mis en place à l’époque de Mao, est l’équivalent d’un permis de résidence qui divise la population chinoise entre ménages ruraux et ménages non ruraux. Quel est l’impact de ce système sur les migrations internes en Chine ?

Ce système n’empêche plus vraiment les migrations internes mais il les décourage dans les grandes villes par des politiques discriminatoires. Le « hukou » reste en effet un instrument de planification. Le premier plan national d’urbanisation, publié par le Conseil d’État en 2014, doit accorder à 100 millions de personnes un « hukou » urbain d’ici 2020. Cela permet d’assouplir un peu plus les restrictions du « hukou » dans les villes et les petites villes tout en contrôlant davantage les migrations dans les métropoles chinoises.

Dans celles-ci, ce passeport intérieur permet aux autorités de mettre en place des politiques d’immigration choisie. Le but est d’attirer les personnes riches et hautement qualifiées qui contribueront au développement économique des villes. Ce ne sont pas des travailleurs venus de la campagne mais souvent des migrants urbains ou de retour de l’étranger. Cette politique n’empêche pourtant pas les migrants de continuer à se diriger vers les centres économiques les plus dynamiques. Ainsi, le « hukou » reste un facteur de discrimination puissant dans les grandes villes chinoises.

Comment la situation juridique et sociale des migrants chinois a-t-elle évolué, notamment en matière d’accès aux soins ?

Malgré la volonté des autorités centrales d’universaliser l’accès aux droits sociaux, cette politique bute sur le fait que ce sont les municipalités qui doivent prendre en charge l’ensemble des coûts liés à cette intégration dans un système sans péréquation. Les municipalités sont donc encouragées à sélectionner les candidats à l’intégration. Par ailleurs, la sécurité sociale en Chine est un système d’assurance sociale financé par les cotisations des employeurs et des employés.

Ce système ne s’adresse qu’aux migrants qui sont déjà bien intégrés en ville et ont un emploi stable. Il laisse de côté tous ceux qui sont trop pauvres ou trop mobiles, qui changent souvent d’employeurs ou qui sont travailleurs indépendants. Or, cotiser à la sécurité sociale est souvent une condition d’accès à d’autres droits en ville, comme l’éducation. Autrement cotiser est considéré comme un devoir plus que comme un droit. Dans un contexte où la réalité de l’accès à la protection sociale est très mauvaise en ville, les migrants chinois retournent souvent se faire soigner à la campagne. Lorsqu’ils rentrent chez eux, ils ne peuvent récupérer que leurs propres cotisations et perdent celles des employeurs qui restent dans le système de protection sociale en ville.

Comment se sont améliorées les conditions de travail de cette main d’œuvre « bon marché » ?

À partir de 2008, une série de lois – à commencer par la loi sur le travail – ont considérablement renforcé la codification des droits pour tous les travailleurs, y compris les migrants. La protection des droits a progressé dans l’ensemble. Mais elle ne se fait pas via les canaux institutionnalisés de résolution des conflits (arbitrage, médiation, jugement), lesquels ne répondent que très imparfaitement aux attentes des travailleurs. Elle a lieu sous la pression des mobilisations, les grèves n’ayant cessé d’augmenter. On a vu ainsi émerger différentes formes de négociations collectives, portant essentiellement sur les salaires. Des négociations collectives autonomes menées par les ouvriers avec l’aide d’ONG se sont développées entre 2011-2015 dans le Guangdong (Sud de la Chine). Elles ont permis le règlement d’une variété de conflits, notamment liés aux délocalisations. Mais par peur d’une trop forte autonomisation du mouvement ouvrier, un coup d’arrêt a été porté au mouvement en décembre 2015 par une série d’arrestations d’activistes et la fermeture de plusieurs ONG. Pour prévenir les grèves, les syndicats officiels tentent également de mettre en place leur propre modèle de négociations collectives notamment sur les salaires.

L’éducation des enfants de ces migrants chinois est-elle assurée ?

D’après le New Citizen Annual Report (2017), environ 60 % des enfants des migrants chinois ne peuvent pas suivre leurs parents en ville par manque d’accès à l’éducation en zone urbaine. Ils sont donc scolarisés à la campagne, où les conditions d’éducation sont moins bonnes. Parmi ceux qui peuvent suivre leurs parents en ville, seuls 32 % sont scolarisés dans des écoles publiques et jouissent des mêmes conditions d’éducation que les enfants des non migrants. Mais les parents doivent pour cela produire toute une série de documents attestant notamment qu’ils ont un emploi et un domicile fixes en ville, et qu’ils cotisent à la sécurité sociale. L’éducation publique reste donc inaccessible aux enfants dont les parents sont pauvres ou travaillent dans l’économie informelle.Enfin, environ 8 % de ces enfants de migrants chinois sont scolarisés dans des établissements privés aux frais de scolarité sont importants alors que l’éducation est gratuite dans les écoles publiques. 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne reflètent pas forcément la position officielle de leur institution ni celle de l’AFD.

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Compte-rendu de la journée d’études sur la gouvernance environnementale en Chine, 2 avril 2018

Le Centre franco-chinois en sciences sociales de l’université Tsinghua et le Brookings-Tsinghua Center for Public Policy ont eu le plaisir de coorganiser la journée d’études sur les acteurs, les stratégies et modes d’action de la gouvernance environnementale en Chine, le lundi 2 avril 2018 (Programme). Huit intervenants se sont exprimés au cours de ce séminaire codirigé par Chloé Froissart, directrice du CFC, et QI Ye, directeur du Brookings-Tsinghua Center for Public Policy.

Les remarques introductives du professeur QI Ye ont souligné l’ampleur des efforts entrepris par la Chine pour lutter contre la pollution, de l’air notamment, et dans une moindre mesure des sols et de l’eau. Le récent réaménagement des ministères dédié à la protection environnementale à la suite des sessions annuelles de l’Assemblée nationale populaire et la Conférence consultative politique du peuple chinois marquent l’importance accordée à ce sujet par les autorités. En dépit de l’ambition et de la latitude conférée à ces nouveaux ministères, ayant désormais la main haute sur les questions environnementales, certains volets demeurent délaissés, comme celui de la lutte contre le réchauffement climatique. L’un des défis des prochaines négociations internationales sera d’ailleurs une inclusion plus importante des acteurs économiques extraétatiques — non seulement les entreprises, mais aussi les organisations internationales de régulation (FMI, OMC, Banques centrales…), défi sur lequel la Chine est attendue.

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Dr. Coraline Goron, Oxford University China Center, Strategies of Environmental Information Disclosure and their Limits. A preliminary assessment.

Coraline Goron s’est penché sur les stratégies déployées par les ONG de la province du Shandong pour mettre en lumière les pollutions environnementales et les combattre. Après avoir rappelé l’évolution du cadre légal au cours des quinze dernières années et l’articulation entre les activités online et les pratiques offline, elle a montré comment les ONG environnementales mettent à la disposition du public et des autorités de données fiables de surveillance des pollutions. Elle a ensuite détaillé les procédés d’information environnementale à disposition de ces acteurs et leurs moyens d’action : intégration au sein des entreprises jugées polluantes pour lutter de l’intérieur contre leurs externalités négatives, ou encore diffusion de l’information en ligne. Les tentatives de corruption et les menaces qui pèsent sur les activités de ces ONG et leurs membres les obligent à la prudence : celles-ci optent ainsi le plus souvent pour des moyens non conflictuels de résolution des contentieux pour maintenir un dialogue avec les autorités et atteindre graduellement leurs objectifs.

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Dr. Zhao Xiaofan, Tsinghua School of Public Policy and Management, Pervasive Threat and Regulatory Compliance: Evidence from Energy-Saving Regulations in China.

ZHAO Xiaofan a montré au cours de cette communication les moyens employés par les autorités provinciales chinoises pour que les entreprises atteignent les objectifs fixés en matière d’économies d’énergie. Son étude, basée sur des données nombreuses et une enquête approfondie, a ainsi établi que la menace que fait planer le pouvoir discrétionnaire des autorités administratives en termes d’allocation des ressources et de répression des pratiques illégales constitue le principal facteur de mise en conformité des entreprises avec la loi. L’incertitude et les craintes créées par l’imprévisibilité, la non-spécificité et l’ambiguïté des injonctions administratives expliquent ainsi la mise en conformité de nombres d’entreprises, au prix parfois de leur profitabilité. Toutes les entreprises ne sont pas égales face à cette régulation, les petites et moyennes entreprises ayant des marges de manœuvre plus restreintes que les entreprises publiques.

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Dr. Lu Jian, Tsinghua School of Public Policy and Management, Interest-based, Rightful or Value-Driven Resistance? An Analysis of the Nature and Characteristics of Environmental Protests in Urban China.

LU Jian a identifié les caractéristiques récurrentes des protestations environnementales à travers l’étude de ces mouvements urbains depuis le début de la décennie 2000. Les facteurs identifiés à plusieurs échelles (micro, méso et macrosociologique) permettant d’en tirer une grille d’analyse des manifestations environnementales : Les craintes que font peser sur la santé publique les projets sont le principal motif de manifestation ; ces mobilisations sont quasi exclusivement locales, s’appuyant sur des classes moyennes urbaines, et portent en leurs seins des conflits d’intérêts entre les parties mobilisées. Les mobilisations environnementales sont ainsi des actions collectives orientées par des intérêts pouvant diverger, se basant sur le droit et s’appuyant sur les valeurs des acteurs. Il s’agit d’une réponse aux conséquences et dommages causés par l’expansion du marché dans une Chine socialiste à économie de marché._DSF4389

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Dr. A Rong, London School of Economics, Public participation: civic activities and political engagements – ENGO’s community activities.

A Rong s’est attaché à démontrer les stratégies mises en œuvre par les ONG environnementales dans leurs activités à destination de communautés spécifiques (étudiants, familles, enfants…), afin de faire prendre conscience, d’engager et d’augmenter la participation du public. Ces stratégies suscitent des tensions, car la recherche d’engagement se fait souvent au prix de compromission. Elle a ainsi montré la nécessité pour ces ONG de faire des « sauts conceptuels », en passant par exemple de la notion générale et polysémique d’environnement à celle plus subjective de nature imaginée pour capter et retenir l’attention. Elles mettent également l’accent sur une vision positive, plus à même de créer l’adhésion, plutôt qu’une vision négative s’appuyant sur les faits et les données précis, mais conduisant à la résignation. Enfin, les exigences sont abaissées : les associations ne cherchent plus à s’adresser à des citoyens verts (Green citizen), mais à de joyeux consommateurs (Happy consumers). Ainsi, dans leurs activités à destination du public, les ONG cherchent davantage à changer la vision que portent les individus sur leurs comportements et les conséquences environnementales induites qu’à agir directement en faveur de la protection de l’environnement.

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Dr. Lin Hong, Chinese Academy of Social Sciences, From Oneself to Others: The Practice of Ethics and Volunteer Service for Environmental Protection in China.

Au terme d’une enquête qualitative et quantitative rassemblant une large base de données sur les membres bénévoles et professionnels de l’ONG environnementale Friends of Nature en Chine au cours des 15 dernières années, LIN Hong a pu dresser un portrait sociologique exhaustif des membres de l’organisation. En explorant la dimension individuelle à travers une série d’entretiens, elle a pu mettre en avant les motivations et la force de l’engagement de chacun, mais aussi les écarts entre les attentes, valeurs et représentations des volontaires et des professionnels impliqués au sein de Friends of Nature.

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Dr. Chloé Froissart, Director of the Tsinghua University Sino-French Center in Social Sciences, Toward a new environmental governance model in China ? Assessing the role of ENGOs in the law-making process. 

Chloé Froissart a évalué le rôle tenu par les ONG environnementales dans le processus législatif en Chine.  Depuis leur mobilisation pour l’amendement de la Loi sur la protection de l’environnement (2014), elles prennent une part de plus en plus importante dans le processus législatif. Consultées dans le cadre de multiple canaux de participation publique qui se développent, ces organisations ne se contentent plus seulement de peser sur l’agenda, mais fournissent également une expertise recherchée par les gouvernants. Ce processus accompagne et renforce la professionnalisation de ces ONG. Ainsi, la crédibilité et la légitimité de ces organisations capables de produire de la connaissance, que ce soit en termes d’évaluations ou de préconisations, connaissent une véritable montée en puissance. Plus précise et répondant aux attentes du terrain, les lois façonnées avec la participation des ONG sont plus susceptibles d’être mises en œuvre et respectées.

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Dr. Peter Ho, Qianren Professor, Tsinghua University, School of Social Sciences and London School of Economics, The credibility of nature management: A new theory of environmental governance.

Rappelant les différentes réponses théoriques à la tragédie des communs et leurs limites, Peter Ho a proposé une nouvelle théorie pour évaluer la performance des institutions dans le cadre de la gouvernance environnementale. Selon lui, cette performance ne réside pas dans la forme des institutions, mais dans les fonctions qu’elles occupent et qui lui sont reconnues dans l’espace et dans la durée. De la fonctionnalité de l’institution découle sa crédibilité, qui peut être considérée comme son acceptation sociale dans un espace et durant une période déterminée, se manifestant par sa longévité. Concrètement, cette crédibilité s’exprime et se mesure à l’aune de l’enregistrement des titres de propriété foncière auprès de ces institutions ainsi que par la conflictualité générée par ces institutions. Le régime des tenures foncières dans les campagnes chinoises est géré par les comités villageois et assure la fonction d’amortisseur social.

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Concluant cette journée d’étude, Chloé Froissart a pu souligner la grande qualité et l’intérêt des présentations et des débats qui s’ensuivirent, non seulement entre les intervenants mais aussi avec le public présent.

Seconde conférence de Loïc Blondiaux, « La démocratie participative en France : un bilan contrasté », 6 septembre 2017

Le Centre franco-chinois en sciences sociales de l’université Tsinghua a le plaisir de vous inviter à une seconde conférence de Loïc Blondiaux le mercredi 6 septembre 2017.


Loïc Blondiaux 罗伊克•布隆迪欧

Loïc Blondiaux est politiste, professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CESSP EHESS/PARIS 1/CNRS). Ses travaux portent sur la participation citoyenne, les innovations démocratiques et l’opinion publique. Il dirige la revue Participations, le master « Ingénierie de la concertation » (Paris I) et a présidé le conseil scientifique du GIS « Démocratie et participation » de 2010 à 2016.Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot et du think tank Décider ensemble, de la Commission parisienne du débat public ainsi que du conseil d’administration de l’Institut de la concertation et de la participation citoyenne. Il a publié notamment La fabrique de l’opinion (Seuil, 1998) et Le Nouvel esprit de la démocratie (Seuil, 2008).


La démocratie participative en France : un bilan contrasté

Depuis le début des années 2000, la législation française reconnaît aux citoyens le droit de participer à l’élaboration des décisions, en particulier dans le domaine environnemental. De nombreux dispositifs (conseils de quartier, Commission nationale du débat public, conseils citoyens, budget participatif, plate-forme de consultation numériques…) ont été mis en place à l’échelle locale ou nationale, qui cherchent à associer les citoyens, de manière plus ou moins directe, aux décisions qui les concernent. Mais le bilan de ces expériences reste cependant très mitigé. La diffusion de la démocratie participative en France se heurte en effet à de multiples obstacles institutionnels, sociaux et surtout culturels qu’il s’agit de comprendre et de décrire. Il s’agira également de réfléchir aux conditions (matérielles et politiques) qui peuvent assurer la réussite de ces démarches.

Discutant: Liu Yu
Professeure associée au département de sciences politiques de l’université Tsinghua

Mardi 5 septembre 2017, de 14h00 à 17h00
Université Tsinghua, Mingzhai Building, salle 315

La conférence sera animée par Chloé Froissart,
Directrice du Centre franco-chinois de l’université Tsinghua.

La conférence se tiendra en français et en chinois (interprétariat consécutif).

Conférence de Thomas Kirszbaum – « La participation citoyenne dans les quartiers populaires en France » – 30 septembre 2016

Le Centre franco-chinois en sciences sociales de l’université Tsinghua, le département de sociologie de l’université Tsinghua et le Centre de recherche en stratégies nationales de l’université Tsinghua ont eu le plaisir d’accueillir Thomas Kirszbaum le 30 septembre 2016 à l’université Tsinghua.


YMBThomas Kirszbaum

Thomas Kirszbaum est sociologue, chercheur associé à l’Institut des sciences sociales du politique (École normale supérieure de Cachan/CNRS) et enseignant à l’Université Paris Ouest Nanterre-La Défense. Ses travaux portent sur les politiques de la ville, de lutte contre les discriminations et d’intégration. Il a notamment publié : En finir avec les banlieues ? Le désenchantement de la politique de la ville, Éditions de l’Aube, 2015 ; Rénovation urbaine. Les leçons américaines, Presses universitaires de France, 2009 ; Mixité sociale dans l’habitat. Revue de la littérature dans une perspective comparative, Etudes & recherches de la Halde, La Documentation française, 2008.


La participation citoyenne dans les quartiers populaires en France

Voir la vidéo de la conférence

Il s’agit d’analyser le paradoxe d’une politique de la ville conçue, à l’origine, comme un laboratoire de la démocratie urbaine et qui, au fil du temps s’est technocratisée et a exclu la société civile des processus de décision. La question de la participation est revenue au premier plan de cette politique publique à la suite des révoltes de l’automne 2005, souvent analysées comme le symptôme de déficit d’intégration démocratique des habitants de ces quartiers. Mais les nouveaux mots d’ordre de « pouvoir d’agir » des habitants (traduction française de l’empowerment) ou de « co-construction » des politiques publiques peinent à se concrétiser sur le terrain compte tenu des contraintes structurelles qui pèsent sur la participation citoyenne dans les quartiers populaires français. La récente réforme de la politique de la ville innove néanmoins avec l’introduction d’un nouvel outil: les conseils citoyens.

Discutant: Shou Huisheng
Chercheur au centre de recherche en stratégies nationales
de l’Université Tsinghua

Vendredi 30 septembre 2016, de 14h00 à 16h00
Université Tsinghua, Xiong Zhixing Building, salle 211

La conférence sera animée par Chloé Froissart,
Directrice du Centre franco-chinois de l’université Tsinghua

Arnaud Viviant, Cui Zhiyuan, « La pensée maoïste et les intellectuels, regards croisés entre la France et la Chine », 31 mars 2016

Le Centre Franco-Chinois en sciences sociales de l’université Tsinghua a le plaisir de vous inviter à une conférence-débat en présence d’Arnaud Viviant et de Cui Zhiyuan.


YMBArnaud Viviant

Journaliste, écrivain et critique littéraire français, spécialiste de la politique française et des milieux intellectuels en France.


YMBCui Zhiyuan

Professeur en administration et politique publique à l’université Tsinghua, représentant éminent de la Nouvelle gauche chinoise et ancien conseiller de Huang Qifan (maire de Chongqing)


La pensée maoïste et les intellectuels,
regards croisés entre la France et la Chine

A l’occasion de la venue à Pékin d’Arnaud Viviant, le Centre Franco-chinois en sciences sociales de l’Université Tsinghua (CFC) organise un débat questionnant l’influence du maoïsme sur les intellectuels français des années 1960 et 1970 et les intellectuels chinois des années 2000. Comment la pensée maoïste a-t-elle été ou est toujours mobilisée par les intellectuels dans la construction de leur pensée et dans l’élaboration d’approches alternatives tant dans les domaines littéraires et artistiques que dans le champ socio-économique ? Tandis qu’Arnaud Viviant reviendra sur le parcours des maoïstes français pour qui le maoïsme prit d’abord la forme d’un « anticommunisme de gauche » en rupture avec l’Union soviétique, puis une source d’inspiration littéraire et artistique ; Cui Zhiyuan expliquera comment la pensée de Mao l’a inspiré dans la conception de réformes socio-économiques inédites pour la Chine contemporaine.

Jeudi 31 mars 2016, de 13h30 à 16h30
Université Tsinghua, Xin Zhai Building, salle 353

Le débat sera animé par Chloé Froissart,
Directrice du Centre franco-chinois de l’université Tsinghua

Conférence de Lilian Mathieu : « Socialisation et participation sociale : le cas de la mobilisation pour l’accès à l’éducation des enfants d’immigrés en France », 17 juin 2015

Voir la vidéo de la conférence de Lilian Mathieu

Le 17 juin 2015, le Centre franco-chinois en sciences sociales de l’Université Tsinghua a accueilli Lilian Mathieu, sociologue à l’École Normale Supérieure Lyon, pour une conférence sur la socialisation dans les mouvements sociaux. Lilian Mathieu a enquêté au sein de l’association RESF (Réseau Éducation Sans Frontières), analysant le parcours biographique et militants des personnes engagées dans ce mouvement. Dans cette conférence, il nous invite à comprendre l’articulation entre l’analyse des mouvements sociaux et les processus de socialisation politique, qui façonnent les individus en fonction du contexte social dans lequel ils évoluent.

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RESF a été fondé en 2004 en réaction aux expulsions d’enfants de sans-papiers scolarisés dans des établissements français. Les réseaux RESF s’organisent généralement au sein d’établissements scolaires, le plus souvent lorsqu’un élève se voit menacé d’expulsion par la police, ce qui permet d’expliquer qu’une bonne partie des militants de RESF soit des enseignants ou des parents d’élèves. Les militants de RESF que Lilian Mathieu a interviewés sont le plus souvent de gauche et d’extrême-gauche, ce qui s’explique notamment par le fait que RESF s’oppose alors à des lois édictées par un gouvernement de droite. Cependant, la majorité des militants n’est pas engagée dans un parti politique, voire s’en méfie.

La socialisation politique des militants de RESF est avant tout façonnée par le contexte familial. C’est en effet la famille qui est la première instance de socialisation, lorsque les enfants entendent les parents débattre de questions politiques lors de repas familiaux par exemple. De nombreux militants de RESF ont ainsi construit leur engagement politique en référence à celui de leurs parents, voire contre ceux-ci. Ainsi cette femme engagée à l’extrême gauche qui considère son parcours comme l’antithèse de celle de sa famille, vichyste pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est également l’expérience d’événements historiques qui suscite des engagements politiques profonds, telle la Seconde Guerre mondiale pour un vieil homme juif, caché lorsqu’il était enfant, qui reproduit aujourd’hui les mêmes gestes en cachant des enfants sans-papiers menacés d’expulsion. Mai 68 représente également l’un des grands moments de socialisation pour les militants de RESF, mais aussi la participation à certaines organisations de jeunesse, notamment catholiques. De nombreux militants se définissent comme catholiques, ou affirment avoir reçu une éducation catholique. Les valeurs de solidarité et de don de soi sont invoquées par les militants, qui pour beaucoup sont en rupture avec l’institution ecclésiastique. Ces militants mettent en pratique des valeurs qui leur ont été inculquées dès le plus jeune âge, contre l’Église, qui selon eux ne les applique pas.

Comment expliquer l’engagement de ces militants dans une association où ils ne retirent aucun bénéfice, puisqu’au contraire des sans-papiers, ils n’attendent aucune régularisation, alors qu’ils donnent du temps à cette association ? Pour Lilian Mathieu, les bénéfices que les bénévoles de RESF peuvent retirer de leur engagement ne peuvent être appréhendés en termes purement utilitaristes, mais plutôt à travers le concept de « carrières déviantes » forgé par Howard Becker à propos des fumeurs de marijuana. À l’instar des fumeurs de marijuana qui doivent apprendre à apprécier les effets de la drogue, les militants de RESF doivent trouver du plaisir à donner de leur temps dans des réunions où s’affrontent des points de vue divergents ou à distribuer des tracts devant les écoles. Les gratifications peuvent être d’ordre symbolique : cela peut passer par des stratégies de reconnaissance, ou encore l’élargissement de son cercle social.

Le débat qui a suivi la conférence a permis au discutant chinois, Jin Jun, du département de sociologie de l’Université Tsinghua, de tenter des parallèles avec les mouvements sociaux chinois. En effet, les stratégies de mobilisation en Chine ont évolué ces dernières années. Pour Jin Jun, on voit une nette différence chez les ouvriers migrants nés avant et après 1980. Jin Jun repère également dans les mobilisations sociales chinoises un changement dans les motivations, de demandes spécifiquement matérielles à des mobilisations plus symboliques. En ce sens, les analyses de Lilian Mathieu pourraient permettre aux sociologues chinois de penser les mobilisations sociales en prenant en compte les rétributions et gratifications symboliques.

Lilian Mathieu, « Répertoire et mémoire : Postérités de l’occupation de l’église Saint-Nizier par les prostituées de Lyon », 18 juin 2015

Le Centre Franco-chinois en sciences sociales de l’Université Tsinghua a organisé une conférence de :

Lilian Mathieu
Professeur à l’ENS-Lyon et chercheur au CNRS

« Répertoire et mémoire : Postérités de l’occupation de l’église Saint-Nizier par les prostituées de Lyon « 

18 juin 2015

Laurent Dornel, « La vie quotidienne des travailleurs chinois en France pendant la Première guerre mondiale », 11 novembre 2014

Le Centre Franco-chinois en sciences sociales de l’Université Tsinghua a a organisé, en partenariat avec l’Institut français de Chine à Pékin et le Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France, une conférence de :

Laurent Dornel
Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Pau

« La vie quotidienne des travailleurs chinois en France pendant la Première Guerre Mondiale »

Pendant la Première Guerre mondiale, environ 140 000 Chinois sont partis travailler en France, au service de la France et de l’armée britannique. Cette histoire a été longtemps méconnue en France comme en Chine. Comment ces travailleurs furent-ils accueillis et administrés ? Dans quels secteurs et lieux furent-ils employés ? Quelles furent leurs relations avec les travailleurs français et coloniaux ainsi qu’avec les populations civiles ? Que devinrent-ils à la fin du conflit ?

11 novembre 2014, à 18h
Institut français de Pékin – L’Auditorium

Merci de confirmer votre participation par courriel: contact@beijing-cfc.org