Journée Montesquieu 16 juin 2015 – Institut français de Pékin

Journée Montesquieu
16 juin 2015 – Institut français de Pékin

A l’occasion du 260e anniversaire de sa disparition, une journée spéciale consacrée à Montesquieu est organisée le mardi 16 juin 2015 à l’Institut français de Pékin.

Écrivain et philosophe français, Montesquieu a marqué le monde intellectuel en tant que philosophe de l’Histoire et figure fondatrice de la science politique. Son influence a dépassé les frontières de la France, et est arrivée jusqu’en Chine.

La matinée sera consacrée au Montesquieu juridique, écrivain de L’esprit des lois, en compagnie de juristes chinois. Etudiant, professeurs et avocat se succéderont pour dresser un tableau complet de l’influence qu’a eu l’œuvre de Montesquieu sur l’élaboration du droit chinois contemporain, tant en théorie qu’en pratique.

L’après-midi sera consacrée au Montesquieu littéraire, et réunira autour d’un Club Fu Lei spécial « Montesquieu et la Chine », la maison d’édition The Commercial Press qui entreprend la publication en chinois des Œuvres choisies de Montesquieu et Professeur Xu Minglong, directeur de recherche retraité de l’Académie des Sciences Sociales de Chine (Institut d’Histoire mondiale), spécialiste et traducteur de Montesquieu.

Déroulé :

9h45 – 10h : accueil des participants

Matinée : Montesquieu et le droit chinois contemporain 10h-12h

10h-10h15 : introduction de la matinée Montesquieu juridique – Christine Da Luz, magistrat de liaison, Ambassade de France

10h15 – 10h35 : Présentation par Mlle Yin Ting (étudiante en master de Professeur Zhang Qianfan, Université de Pékin) : les influences de Montesquieu sur la jeune génération chinoise

10h35 – 10h45 : Séance de questions-réponses

10h45-11h05 : Intervention du professeur Xu Aiguo (Université de Pékin): analyse comparative des théories de Montesquieu et du droit chinois ; avec les commentaires du Professeur Chen Duanhong (Université de Pékin).

11h05 – 11h15 : Séance de questions-réponses

11h15 – 11h35 : Intervention de M. Tao Jingzhou (Avocat associé de LLP Dechert, éminent ancien de l’Université de Pékin) : les théories de Montesquieu et la pratique juridique en Chine

11h35 – 11h45 : Séance de questions-réponses

11h45 – 11h55 : Conclusion de la demi-journée juridique – Christine Da Luz, magistrat de liaison, Ambassade de France

Après-midi : Montesquieu littéraire : Club Fu Lei spécial « Montesquieu et la Chine » 14h30-16h30

14h30 -14h40 : Mot d’introduction par Delphine Halgand

14h40 -15h00 : Présentation du projet éditorial de publication en chinois d’ « Œuvres choisies » de Montesquieu par The Commercial Press. Intervenant : Mme Wang Xi

15h00-16h00 : « Montesquieu et la Chine » par Professeur Xu Minglong

16h00-16h30: Séance de questions-réponses

Adresse/地址

Institut Français de Pékin. 18, Gongti Xilu, 100020 Beijing

北京市朝阳区工体西路18号光彩国际公寓,文化中心入口位于工体南路

 

Cycle de conférences « Philosophie des Lumières »: quatrième et cinquième conférences par Antoine Lilti

Dans le cadre de son cycle de conférences sur la philosophie des Lumières, le CFC a eu l’honneur d’accueillir M.Antoine Lilti, directeur d’études à l’EHESS, à Pékin du 27 mai au 31 mai 2013.Retour sur une semaine de conférences et de débats.

De la célébrité moderne aux héritiers des Lumières :

La venue d’Antoine Lilti a donné lieu à deux brillants exposés sur la célébrité de Jean-Jacques Rousseau (à l’université de Pékin) et sur le positionnement intellectuel de Michel Foucault vis-à-vis des Lumières (à l’université Tsinghua).

 roussesau

Lors de sa première intervention, Antoine Lilti a décrit au public chinois le profond dilemme que pose la célébrité de « Jean-Jacques » à Rousseau. Alors que Rousseau prône une vie simple et « authentique », un accord entre ses actes et les préceptes qu’il défend, il devient malgré lui une personnalité « publique » dont les actes sont sans cesse commentés par ses lecteurs. Antoine Lilti s’est attaché à expliquer comment la prétention de Rousseau à l’authenticité et à la simplicité, a entraîné le besoin du public de vérifier et de commenter la vie privée de « Jean-Jacques », au point que Rousseau s’et senti persécuté. Pour reprendre ses mots, Rousseau est alors tenu par « une exigence qui implique à la fois de rompre avec l’opinion et de faire reconnaître par les autres cette rupture comme sincère et authentique ».

A travers le cas de Jean-Jacques Rousseau, l’exposé d’Antoine Lilti visait ainsi à rendre compte de la naissance de la célébrité « moderne ». Suivi dans ses promenades matinales par ses « followers » et régulièrement à la une des journaux de toute l’Europe, Rousseau devient une « star » tourmentée par les représentations de « Jean-Jacques » et la reconnaissance du public. Bien avant les stars hollywoodiennes, Rousseau fait ainsi l’expérience « de la célébrité comme phénomène culturel ».

 IMG_5424

La seconde conférence a touché un autre sujet brûlant de nos sociétés contemporaines. En effet, l’étude du statut des Lumières dans la pensée de Michel Foucault s’inscrit dans un débat plus large sur l’appropriation de la philosophie des Lumières dans différents contextes historico-politiques.

Dans le cas de Foucault, la revendication de l’héritage des Lumières (et plus particulièrement de Kant) s’inscrit, d’une part, dans l’évolution de sa réflexion sur la capacité des individus à se forger comme sujets et, d’autre part, dans le contexte intellectuel des années 1980, dans lequel les débats sur la modernité, la post-modernité et la figure de l’intellectuel engagé conduisent Foucault à expliciter son rapport aux Lumières.

Pour Antoine Lilti, Foucault s’est longtemps abstenu de discuter des Lumières jusqu’au début des années 1980. Il considérait alors que les Lumières n’existaient « ni comme période, ni comme ensemble de valeurs ou d’œuvres [i]». Par ailleurs, Il faisait le constat que Les « lumières » qui ont découvert les libertés ont aussi inventé les disciplines »[ii].

Ce positionnement original ne doit pas pour autant amener à considérer Foucault comme un « anti-Lumières ». La relecture par Antoine Lilti des derniers écrits et cours au Collège de France de Michel Foucault permet de mettre en évidence que Foucault s’inscrit plutôt dans une tradition kantienne articulant réflexion critique et réflexion sur l’histoire.

Les Lumières, Michel Foucault et leurs appropriations en Chine

Ces réflexions sur la pensée de Michel Foucault ont donné lieu à de riches discussions avec les spécialistes chinois.

En effet, la réception de Foucault comme un « anti-Lumières » n’a pas été spécifique à l’historien français Maurice Agulhon. Lei Yi, historien de l’académie des sciences sociales de Chine a précisé que dans le contexte de l’après Tian’anmen, Foucault a été repris par les intellectuels conservateurs. Ces derniers se sont approprié Foucault comme critique de la pensée et de la rationalité occidentales. Prétendant que la démonstration de Foucault aboutissait à l’invalidation du projet « libérateur » des Lumières, ils ont utilisé les travaux de Foucault afin de justifier la non-réforme du système politique. En d’autres termes, ces auteurs ont fait de Foucault – auteur pourtant marqué par son engagement profond contre toutes les formes de disciplines et de totalitarismes – un défenseur d’un système politique non démocratique.

IMG_5436

Xu Jilin, spécialiste des appropriations des Lumières en Chine

Dans la même veine, Xu Jilin, spécialiste de l’influence de la philosophie des Lumières en Chine, a évoqué les multiples appropriations politiques de Foucault et des penseurs des Lumières en Asie. Lors de la table ronde organisée à l’issue de la conférence, il a fait remarquer que très peu d’intellectuels chinois, même les plus conservateurs, osaient se réclamer du courant « anti-lumières ». A l’image de Lei Yi, Xu Jilin a insisté sur les curieuses revendications de l’héritage des Lumières par des intellectuels conservateurs et de la « nouvelle gauche ».

Ces discussions alimenteront certainement le prochain ouvrage d’Antoine Lilti qui prend justement pour objet les appropriations socio-politiques des Lumières dans le monde.


[i]Dits et Ecrits, t. IV, p. 36-37.

[ii] Surveiller et punir, p. 224.

Venue à Pékin de M. Antoine Lilti

Dans le cadre de son cycle de conférences sur « Les Lumières françaises», le CFC a l’honneur d’inviter M. Antoine Lilti à Pékin du 27 au 31 mai 2013. Antoine Lilti est actuellement directeur d’études à l’EHESS où il donne un séminaire sur l’historiographie des Lumières. Il a dirigé la rédaction de la revue Annales. Histoire, Sciences sociales. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage intitulé : Le Monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle. et d’un article « comment écrit-on l’histoire intellectuelle des Lumières? Spinozisme, radicalisme et philosophie« .

Ses conférences auront lieu au département d’histoire de l’université de Pékin le 28 mai et au département d’histoire de l’université Tsinghua le 30 mai. Elles seront respectivement consacrées à Jean-Jacques Rousseau et aux Lumières dans la pensée de Michel Foucault.

Dans sa première conférence intitulée « Authenticité et célébrité : Jean-Jacques Rousseau et l’espace public des Lumières », Antoine Lilti montrera le dilemme dans lequel est pris « Jean-Jacques » qui, voulant vivre dans l’authenticité et la simplicité, devient par là-même une « star », le premier écrivain à faire l’expérience de la célébrité comme un phénomène culturel. Contrairement à Voltaire qui veut parler à la raison humaine, Rousseau en appelle aux sentiments et à l’exemplarité. Il est ainsi confronté à une curiosité et un attachement qui ne s’adressent pas seulement à ses idées, mais à sa personne. La volonté de mettre sa vie en accord avec ses idées risque alors d’apparaître comme une mise en scène. Et la célébrité qu’elle lui confère finit par lui être intolérable. Cette présentation des contradictions auxquelles est confronté le premier intellectuel « médiatique » devrait intéresser un public d’aujourd’hui, qu’il soit français ou chinois.

a seconde conférence, intitulée « Le diagnostic de la modernité : Michel Foucault et les Lumières », s’attachera à analyser le tournant que prend la pensée de Michel Foucault dans les dernières années de sa vie. Critique radical des Lumières dans les années 1960-1970, Foucault en arrive dans les années 1980 à se réclamer de Kant et de sa conception de l’Aufklärung. Certainement influencé par son débat avec des intellectuels comme Habermas ou Maurice Agulhon, mais aussi par sa participation à la politique en tant qu’intellectuel, le retour aux Lumières de Michel Foucault n’est pas une acceptation pure et simple de la position de ses critiques défenseurs des Lumières, mais une tentative de redéfinition de la modernité. Dans un pays où Foucault, vu à travers le prisme américain de la French Theory, a joué et continue à jouer un rôle important dans le débat entre libéraux et anti-libéraux, entre critiques et défenseurs des Lumières, la conférence d’Antoine Lilti devrait apporter un éclairage utile.

Pour tout renseignement supplémentaire, merci de bien vouloir nous contacter par courriel à : contact@beijing-cfc.org

Cycle de conférences « La philosophie des Lumières » : Deuxième conférence « Les Lumières et les mondes extra-européens » par Seloua Luste Boulbina

Conférence au CFC de Mme Seloua Luste Boulbina : « Les Lumières et les mondes extra-européens »

 

Dans le cadre de son cycle sur les « Lumières », le CFC a accueilli le vendredi 28 septembre 2012, Mme Seloua Luste Boulbina pour une intervention sur « Les Lumières et les mondes extra-européens ».

Directrice de programme au Collège International de Philosophie et chercheuse à l’université Paris-Diderot, Mme Luste Boulbina a exposé pendant plus de deux heures la pluralité des points de vue des penseurs des Lumières sur la question de l’universalité des droits humains. A travers l’étude du cas de la révolution des esclaves de Saint Domingue, elle a également montré que l’évolution des Lumières ne pouvait se penser dans une perspective européano-centrée.

Les Lumières, la colonie, l’universalité des droits et de la raison :

Dans la suite de son étude sur « Tocqueville et les colonies », Mme Luste Boulbina a dressé ce constat : « on a tendance à uniformiser la philosophie de l’époque : à effacer les différences et à oublier les points sombres ». Dans ce refoulement inconscient, nous contribuons à faire des penseurs des Lumières des individus aux positions philosophiques homogènes et progressistes sur des questions centrales, telles que la rationalité, l’humanité et l’universalité.

Pourtant, au XVIIIème siècle, les points de vue des Lumières se heurtent. Les indigènes des colonies sont-ils capables d’exercer leur raison ? Appartiennent-ils à la même « espèce » que les hommes « blancs » et doivent-ils, à ce titre recevoir les mêmes droits ? Ces questions qui touchent à l’universalité de la raison politique et donc des droits humains n’entraînent pas les mêmes réponses chez Rousseau, Voltaire ou Condorcet.

Jean-Jacques Rousseau

(1712-1778)

« L’homme est né libre et partout il est dans les fers.»

Mme Boulbina« Pour Rousseau : la liberté est naturelle à l’homme en tant qu’homme, mais ses droits ne sont pas nécessairement conformes à sa nature. Rousseau dénonce ainsi l’écart entre ce que l’homme est naturellement et ce qu’il vit. C’est ce qu’il montre dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes : naturellement égaux, les hommes sont rendus socialement inégaux par la propriété. C’est dans cette perspective qu’il élabore le Contrat social (1762), son œuvre politique principale, dont le sous-titre est : Principes du droit politique. Ce contrat social est un contrat d’association (ou comment former une société) et un contrat de soumission (ou comment former une société politique) de tous à tous. Le peuple est souverain. Lui seul peut exprimer ce que Rousseau nomme la volonté générale. Voilà qui fonde un droit d’un peuple à se gouverner lui-même.

Voltaire

(1694-1778)

 Mme Boulbina :« Voltaire, qui est un défenseur de la liberté de conscience, n’est pas pour autant un contempteur de l’esclavage. A la condition que celui-ci se restreigne aux Noirs, il lui paraît licite. Voltaire ne défend pas en effet la notion de genre humain. Au contraire, il établit, à l’instar de l’histoire naturelle, une espèce de chaîne des êtres qui va des albinos, qui résultent selon lui « d’amours abominables de singes et de filles » aux hommes blancs au sommet de l’humanité. Sa conception est tout à la fois hiérarchisée et racialisée. Mais on retient aujourd’hui davantage son Traité sur la tolérance que son Essai sur les mœurs. On invoque ordinairement de façon rapide et peu savante sa condamnation des sévices infligés aux esclaves dans Candide. Mais il s’agit d’un chapitre rajouté car ces sévices faisaient scandale à l’époque, plus que l’esclavage en tant que tel. »

Condorcet

(1743-1794)

« Quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardé comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les Blancs. Je ne parle ici que de ceux d’Europe, car pour les Blancs des Colonies, je ne vous fais pas l’injure de les comparer avec vous, je sais combien de fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos maîtres. Si on allait chercher un homme dans les Isles de l’Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu’on le trouverait. »Réflexions sur l’esclavage des nègres (1781)

A l’aube de la Révolution française, les principes des Lumières sont donc interpellés par la colonisation et l’esclavage. Quoique certains philosophes défendent l’indépendance des colonies au nom de l’universalité, le « code noir » reste en vigueur dans les colonies françaises.

« Les Lumières : un produit de la pensée occidentale ? »

Cependant, les réflexions sur la capacité des indigènes des colonies à faire usage de la raison et à s’auto-déterminer traversent rapidement les frontières du continent européen. Les esclaves affranchis de la colonie française de Saint-Domingue, notamment des officiers de couleur ayant participé à la Révolution française, réclament à partir de 1791, l’égalité des libertés et des droits avec les « citoyens blancs ». C’est au nom des principes hérités des Lumières qu’ils mènent cette lutte et obtiennent de l’Assemblée Nationale le droit de vote des esclaves affranchis le 15 mai 1791. Pour Mme Boulbina, la colonie et l’esclavage deviennent alors « des pierres de touche » des Lumières.

En effet, les indigènes de Saint-Domingue s’approprient les Lumières et, par leur lutte à la fois philosophique et militaire, contraignent la Convention à abolir l’esclavage dans les colonies françaises en 1794. Ils obtiennent ensuite l’indépendance de la colonie de Saint-Domingue, au prix de nouvelles luttes armées contre l’Angleterre puis la France. Leur révolution influe ainsi directement sur l’évolution des lois et des modes de pensée de leurs contemporains. Mme Boulbina souligne notamment l’influence de la révolution haïtienne sur le fameux passage de Hegel concernant la « dialectique du maître et de l’esclave » et sur les écrits de l’abbé Grégoire pour qui « les amis de l’esclavage sont nécessairement des ennemis de l’humanité ».

Ainsi, les Lumières ne peuvent être comprises comme un pur produit de la pensée occidentale, mais comme un mouvement de pensée pluriel qui a tout aussi bien servi à la domination des puissances européennes que contre elle. En définitive : « les Lumières, comme tous les autres mouvements philosophiques européens, sont le résultat d’une circulation et d’un échange prodigieux ».

Retrouver l’interview en chinois de Seloua Luste Boulbina réalisée par Cui Weiping sur le site du Nanfang Zhoumo

http://www.infzm.com/content/85280

http://www.infzm.com/content/85278

Cycle de conférences « La philosophie des Lumières ». Première conférence : « Les Lumières, morale et mesure » par Michel Delon

Professeurs et intellectuels chinois se passionnent pour la question des Lumières. Pensée à la fois plurielle et à vocation universelle, la philosophie de Lumières apparaît à certains comme un moyen de faire entrer la Chine dans le monde moderne, et à d’autres, comme une pensée incompatible avec une culture millénaire. Afin de permettre à nos amis chinois de continuer ce débat avec le maximum d’outils intellectuels, le CFC a décidé d’organiser un cycle de conférences sur ce sujet. Pour la première session, le CFC a eu l’honneur d’inviter Michel Delon, professeur à l’université de la Sorbonne, à exposer ses travaux sur la littérature du XVIIème et du XVIIIème siècles à l’université Tsinghua.

L’exposé était consacré aux débats des philosophes des Lumières quant à la possibilité d’examiner scientifiquement la « morale », c’est-à-dire de quantifier les mœurs et les habitudes des hommes, dans le but éventuel de leur permettre de régler rationnellement leurs conduites et leurs mœurs.

Afin de rendre compte des divers avis des écrivains, philosophes, encyclopédistes des Lumières sur la question de la refondation scientifique de la morale, Michel Delon a notamment fait l’analyse de textes de Fontenelle (Entretiens sur la pluralité des mondes), de Goethe (Faust) ou encore de Jean Galli de Bibiena (Le petit toutou).

Après avoir embarqué le public dans le roman de Fontenelle composé d’entretiens scientifiques sur fond de badinage amoureux, où « une même rationalité englobe les mouvements des astres et ceux de la vie physique et morale », Michel Delon a exposé le changement radical du dernier Faust, passé du statut d’alchimiste à celui de savant engagé, cherchant à œuvrer pour le progrès social et confronté au dilemme de l’homme politique qui doit choisir entre l’organisation rationnelle du monde et la sauvegarde de la maison d’un couple de vieillards.

Ces récits allégoriques et subtiles métaphores ont permis au public chinois de mieux  comprendre les philosophes des Lumières, tout en s’interrogeant sur les limites d’une contribution de la science et des scientifiques au développement harmonieux de la société.