Les tribulations de l’administration chinoise

L’administration française est souvent critiquée pour sa lenteur, son manque d’efficacité ou encore la complexité des procédures mises en place. C’était sans connaître les formalités administratives auxquelles un étranger est confronté quand il arrive en Chine, que ce soit en tant qu’étudiant ou professionnel. Comme le dit l’adage, « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »

Chacune de mes venues à Pékin a été assortie de complications administratives, que ce soit dû à un manque d’informations, des données incomplètes ou erronées ou bien un manque cruel de coopération de la part de la partie chinoise. Venue par le passé en tant qu’étudiante, j’ai cette fois-ci expérimenté les joies de l’administration chinoise en tant que jeune professionnelle, où les mêmes situations ubuesques se sont répétées, comme pour tester de nouveau ma patience et mes capacités « diplomatiques » – ce ne serait pas aussi drôle, sinon.

Rien de tel qu’un exemple pour illustrer mes propos. En tant que membres du CFC nos locaux sont situés sur le campus de l’université de Tsinghua, néanmoins du fait de l’absence de contrat en bonne et due forme avec l’université, nous ne disposons pas de carte du campus – le Saint Graal nous donnant accès à tout ce qu’offre l’université tels que l’accès aux bibliothèques ou bien même tout simplement l’accès sur le campus (les gardes pouvant être amenés à contrôler notre identité). De ce fait, nous avons expérimenté le plaisir de passer de bureau en bureau pour obtenir les différentes cartes liées à ces services, où chacun se renvoyait la balle du fait de notre situation « exceptionnelle » qu’ils ne comprenaient pas, à chaque fois revenait l’absence de contrat : c’était un cercle infernal. C’est un fait que j’avais déjà remarqué en Chine : le moindre écart de la « norme » met souvent des barrières jugées insurmontables, et nous avons de nombreuses fois été confrontées à cette expression « 没办法 », littéralement « il n’y a pas de solution ». Il s’agit aussi de ne pas être la personne qui va prendre la responsabilité de nous délivrer le sésame.

Et pourtant, quand on creuse bien, 有办法 (il y a moyen), même si cela dépend surtout de la ténacité du protagoniste. Par exemple, rien que pour obtenir une carte de cantine, c’est après être allées dans deux bureaux administratifs où nous avons promptement négocié un papier, s’être ensuite rendues dans un autre service pour décrocher un tampon sur ce papier, avoir apporté ledit papier à un centre de services, que, cinq jours plus tard, nous avons enfin pu aller chercher la carte dans un autre bureau, à l’opposé du campus. De plus, ces pérégrinations chronophages n’ont résulté qu’en l’obtention d’une carte « provisoire » – il nous faudra refaire la même procédure l’année prochaine.

La situation se répète pour la carte de bibliothèque, où une employée administrative me répond avec désinvolture que sans contrat on ne peut rien faire, mais consent finalement avec réticence à me donner les informations pour une procédure « exceptionnelle », qui implique encore de nombreuses étapes protocolaires dans différents services – et nous ne songerions même pas à obtenir une carte étant valide plus d’un an.

Cela illustre bien les petits désagréments que les étrangers peuvent rencontrer lors de leur visite en Chine. Cela touche le domaine universitaire, mais pas seulement : du fait d’un grand contrôle de la population étrangère sur le territoire chinois, chaque ressortissant d’un autre pays devra passer des heures à remplir des documents administratifs (dans la bonne couleur de stylo s’il vous plaît) ou faire la queue au bureau de police pour s’enregistrer officiellement. Ce qui est intéressant à noter est le caractère très protocolaire de toutes ces procédures – même si cela est sûrement l’apanage de l’administration où que ce soit – où, si on est un tant soit peu en marge, il devient alors très difficile d’obtenir gain de cause.

Un autre aspect méritant une attention particulière est l’attachement plus à la forme qu’au fond, comme dit le proverbe chinois « 走形式 » : une fois le tampon nécessaire obtenu, plus personne ne fera d’objection à une requête. Cela ne relève pas seulement du domaine administratif, de nombreux exemples de la vie quotidienne montrent cet aspect. Ainsi, les personnes s’occupant des portiques de sécurité à l’entrée du métro agitent souvent mollement leur détecteur de métaux devant les voyageurs, plus par habitude que par réel contrôle. Cette question du « bon paraître » se retrouve dans tous les domaines ; pour écrire mon dossier de master les seuls commentaires émanant de mon directeur chinois ont été que je devais suivre bien strictement la forme requise pour mon mémoire, même si l’agencement des diverses parties en était moins fluide. Il en va de même avec la politique des chiffres, où l’important est d’atteindre les objectifs chiffrés plus que les moyens mis en place pour y parvenir.

Quoi qu’il en soit, l’attachement à la forme et au protocole rendent les procédures administratives en Chine assez peu flexibles et de fait celles-ci sont la plupart du temps longues et fastidieuses. Un conseil donc pour toute personne désirant vivre en Chine : pour faire face à cela, armez-vous de patience et gardez le sens de l’humour !

SF.