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Conférence d’Yves Sintomer: « Participatory democracy, deliberative democracy, consultative democracy? The case of participatory budgeting worldwide », 21 mai 2015

Yves Sintomer
Professeur à l’Université Paris 8 et membre de l’Institut universitaire de France


« Participatory democracy, deliberative democracy, consultative democracy? The case of participatory budgeting worldwide »
21 mai 2015

La conférence d’Yves Sintomer, qui s’est tenue à Tsinghua le 21 mai 2015, abordait la question de l’émergence des budgets participatifs dans le monde, et de ses conséquences sur la vie démocratique dans les pays concernés. Expérimenté pour la première fois à Porto Alegre au Brésil en 1989, le budget participatif permet en théorie aux citoyens non élus de prendre part à la définition et l’allocation du budget régional à travers des discussions et des votes populaires. Depuis lors, plus de 2000 expériences de budget participatif se sont développées à travers le monde, en Amérique Latine, Europe, Afrique et Asie. Mais toutes ces expériences n’ont pas été effectuées selon les mêmes modalités, et n’ont pas eu les mêmes conséquences, notamment sur la vie démocratique locale.

L’expérience de Porte Alegre a eu plusieurs conséquences sur la vie des participants. Elle a permis aux citoyens de participer à la vie locale et d’implémenter une forme de démocratie participative. Dans les faits, le budget participatif a permis de faire reculer la pauvreté et la corruption, ainsi que de mieux allouer les ressources, tout du moins sur le court terme. En Chine également, des expériences de budget participatif ont vu le jour, comme à Wenling, ce qui a permis une communication accrue entre les habitants et le gouvernement local, plus de transparence dans l’allocation des ressources, mais sans délégation de pouvoir aux citoyens.

Yves Sintomer propose six idéaux-types afin de rendre compte des modèles de budgets participatifs de par le monde :

  • Tout d’abord la « démocratie participative », qui permet aux citoyens de participer directement à l’élaboration du budget, dans l’esprit de la démocratie directe comme à Porto Alegre. Pour que ce modèle fonctionne, il faut une participation forte ainsi qu’une politisation accrue des citoyens. Il faut également que le gouvernement local soit fort afin de mettre en application les décisions.
  • La « démocratie de proximité », où la participation populaire est utilisée par le gouvernement local afin de trouver un consensus généralisé. Le modèle fonctionne avant tout du haut vers le bas (top-down), et n’a pas de conséquences sur le développement de la société civile. Pour Yves Sintomer, les expériences chinoises de budgets participatifs se rapprochent de ce modèle.
  • La « modernisation participative » : à l’instar du modèle précédent, ce modèle est également dirigé du haut vers le bas, mais a pour fonction de moderniser l’administration en recueillant l’avis des usagers.
  • La « multi-stakeholder participation » qui inclut les entreprises et les citoyens pour superviser les partenariats public/privé.
  • Le « néo-corporatisme » : ce modèle permet à l’État de coopérer avec différentes organisations de la société civile.
  • Le « développement communautaire » : dans ce modèle de budget participatif, les participants mettent en œuvre eux même les projets, ce qui a pour conséquence de développer les liens communautaires dans les régions impliquées.

Bien entendu, ces idéaux-types ne rendent pas compte de la complexité des expériences de budgets participatifs menées à travers le monde, certaines expérimentations étant à cheval entre plusieurs modèles.

Pour le cas chinois, la discussion après la conférence a permis de faire des rapprochements entre la « ligne de masse » maoïste (群众路线) et les expérimentations qui ont eu lieues, et qui ont pour objectif principal de mobiliser la population sans pour autant leur déléguer une partie du pouvoir local.