Journée d’étude sur les femmes du 11 mai 2013 – Résumé de l’évènement.

Dans la suite du dossier consacré aux femmes dans le n°4-2012 de la revue Perspectives Chinoises, le CFC et le CEFC ont organisé le 11 mai 2013 à l’université Tsinghua, une journée d’étude dédiée aux inégalités de genre.

Retour sur une journée riche en débats.

Récit des interventions

La session du matin a été consacrée à la question des inégalités de patrimoine entre hommes et femmes. Il s’agissait de comprendre pourquoi dans la société chinoise contemporaine où l’Etat-Parti prône l’égalité des sexes, les femmes continuent à détenir moins de biens que leurs homologues masculins.

La journée a ainsi débuté par une présentation de Mme Tang Can, chercheuse au centre d’étude sur le genre et la famille de l’Académie des Sciences Sociales de Chine. Mme Tang a expliqué comment traditionnellement l’inégale répartition de l’héritage (les fils se partageant la totalité de l’héritage foncier) est la contrepartie d’une division genrée de la solidarité inter-générationnelle (obligation pour les fils exclusivement de fournir des denrées alimentaires issues de l’exploitation agricole à leurs parents âgés). Si depuis les réformes, de nouveaux besoins et de nouvelles pratiques en matière de solidarité intergénérationnelle sont apparus dans certaines campagnes, les filles s’occupant désormais de leurs propres parents par l’ apport ponctuel de cadeaux et d’argent, ces devoirs récents des femmes à l’égard de leurs parents n’ont pas en contrepartie modifié les règles de l’héritage, renforçant ainsi les inégalités de genre.

La seconde présentation a été l’oeuvre de Sally Sargeson, chercheuse à l’université nationale d’Australie. Reprenant son article « Pourquoi les femmes possèdent moins ? Le cas des campagnes en voie d’urbanisation », Sally Sargeson nous a montré comment les femmes sont les grandes perdantes des indemnisations versées par les gouvernements locaux à l’occasion des expropriations dans les zones rurales.

La dernière présentation de Leta Hong-Fincher (doctorante au département de sociologie de Tsinghua) concernait les femmes « laissées de côté » (shengnü 剩女), c’est-à-dire les difficultés des femmes bien dotées en capital culturel et économique à trouver un partenaire sur le marché matrimonial. Cette intervention visait à souligner que loin d’avoir des exigences très strictes envers leurs prétendants, les citadines économiquement et culturellement privilégiées se résignent parfois à des sacrifices sentimentaux et économiques afin de trouver un mari et combler leurs parents.

La session de l’après-midi, animée par Jean-Philippe Béjà (CEFC) a pris un détour plus socio-historique. En prenant du recul vis-à-vis de la période des réformes, il s’agissait de comprendre l’histoire du mouvement féministe en Chine et la mémoire de la collectivisation chez les femmes des zones rurales.

Feng Yuan, elle-même très engagée dans le mouvement associatif, a ainsi tracé les contours du mouvement féministe chinois, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, soulignant le renouveau actuel du mouvement féministe en Chine, en particulier les actions visant à lutter contre les violences conjugales.

La sociologue Guo Yuhua, du département de sociologie de Tsinghua nous a ensuite dépeint une mémoire féminine spécifique de la collectivisation teintée par la pénibilité du travail au champ, les maladies et les périodes de disette, mais aussi par la grammaire du pouvoir communiste faisant de la souffrance partagée, un sentiment synonyme d’émancipation collective.

Un moment privilégié de discussion et de convivialité

Cette journée ne fut pas seulement marquée par des présentations brillantes. Chacune des interventions a également donné lieu à vingt minutes d’échanges avec la salle.

Les quatre-vingts participant(e)s ont ainsi pu, sans discriminations de genre, poser leurs questions et faire part de leurs remarques.

Cette organisation propice aux échanges a également été agrémentée par un repas en commun et une dégustation de pâtisseries françaises en fin de journée. Les participant(e)s, pour certain(e)s venu(e)s de spécialement de Shanghai, Kunming ou Hong-Kong, ont ainsi pu profiter d’une convivialité made in France.