Interview de Radio France Culture à Tsinghua

Le 15 mars 2012, une équipe de journalistes est venue interroger M. Bonnin, Qin Hui (professeur au département d’histoire de l’université Tsinghua) et Liu Xiaomeng (spécialiste des jeunes instruits et historien à l’Académie des Science Sociales de Chine) au CFC. Pendant deux heures, chercheurs et journalistes ont échangé leurs expériences et points de vue sur le mouvement d’envoi à la campagne.

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Il s’agissait en tout premier lieu de saisir, à travers les expériences des deux chercheurs chinois ayant « participé » à ce mouvement, comment les jeunes instruits ont vécu l’envoi à la campagne. Grâce à l’éclairage complémentaire de Michel Bonnin, les chercheurs ont pu insister sur la pluralité des situations, notamment celles des enfants de cadres et celles des enfants d’intellectuels. Ils ont aussi évoqué les circonstances politiques locales qui ont déterminé la vie des jeunes instruits à la campagne.

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Liu Xiaomeng Qin Hui

Les débats visaient également à rappeler la complexité des sentiments qui animaient alors les jeunes instruits. Entre nécessité de manifester son engouement et désillusions politiques, les sentiments des jeunes instruits ne se résumaient pas à l’opposition binaire ferveur/dégoût du régime. Comme l’a rappelé Qin Hui, la plupart d’entre eux vivaient dans l’espoir de retourner à la ville, ce qui nécessitait notamment de « bien se comporter » et donc d’entretenir un minimum de flamme « révolutionnaire » par « principe de survie ».Au-delà de la pluralité des expériences d’envoi à la campagne, M. Lewkowicz a amené ses interlocuteurs à évoquer le retour à la ville et les conséquences à long terme de l’envoi à la campagne. Tous ont convenu que les jeunes instruits, pour la plupart privés d’accès à l’enseignement supérieur, puis confrontés aux vagues de licenciement lors des réformes, constituent, pour reprendre l’expression de M. Bonnin, une « génération perdue »[1].

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Si cette « génération » est à certains égards « perdue », il n’en demeure pas moins qu’elle contribue toujours à l’évolution sociale et politique de la Chine. Son pragmatisme, hérité des désillusions idéologiques et son besoin de stabilité, sont autant d’éléments susceptibles d’influer sur l’évolution de la société chinoise pour les dix années à venir.

Retrouvez l’intégralité de ce débat ainsi que d’autres reportages sur les effets de la période maoïste dans la Chine d’aujourd’hui sur France Culture, tous les matins de la dernière semaine d’août 2013.


[1] Sur les raisons qui expliquent l’emploi de cette expression (et sur la référence à Ernest Hemingway),

Voir Michel Bonnin. (2004). Génération perdue. Le mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne, 1968-1980. Paris : EHESS, p. 428-434.