Compte rendu de la conférence de François Bafoil du 30 octobre 2019 : « Les populismes en Europe. Le Brexit »

Le 30 octobre 2019, le CFC en collaboration avec l’Association des alumni de Sciences Po, ont accueilli le professeur François Bafoil dans la galerie d’art classique Taorantian de Guillaume Zhuang. François Bafoil, directeur de recherche émérite du CNRS / Centre de recherches internationales (CERI), a animé une conférence sur le thème des nouveaux populismes en Europe à travers l’exemple du Brexit.

Étudier le Brexit permet de repenser la démocratie, l’État souverain, le politique et l’Union européenne (UE) car il met en exergue les problèmes inhérents à ceux-ci et donc il apparaît comme une « pathologie ». En effet, le Brexit pose la question des institutions, c’est-à-dire de savoir si celles-ci doivent privilégier la justice ou l’efficacité, mais également la question de la représentation dans un régime parlementaire, les mensonges et dissimulations entourant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, et le coût politique et économique que cela engendre pour toute l’UE.

Le Brexit montre une forme de populisme en tant qu’expression de la revendication de la souveraineté nationale et du renforcement de l’identité britannique, avance François Bafoil. Le paradoxe britannique réside dans le fait que le populisme semble le résultat et non la cause du Brexit, dans un pays qui historiquement ne présente pas en propre les caractéristiques populistes. C’est au contraire un État fort, pluraliste, démocratique, libéral et un acteur international de premier plan, mais qui a été présenté comme populiste depuis le Brexit, car ont été avancés l’idée d’un vote du Peuple contre les élites ainsi qu’un Brexit basé sur l’imaginaire d’une Angleterre impériale et de sa culture à l’opposé de l’UE et ses contraintes.

François Bafoil revient ensuite sur les caractéristiques sociologiques entourant le Brexit, les régions en faveur du leave ou du remain. Il met en avant une vraie fracture dans la population, qui oppose principalement d’un côté les jeunes, citadins, diplômés du supérieur, en incluant les Écossais en faveur du remain, de l’autre les ruraux, les personnes âgées et les non-diplômés en faveur du Brexit.

Professeur Bafoil passe en revue les défis posés par le Brexit, pour « sortir et sécuriser » cette transition. La question essentielle reste celle du backstop, qui définit les relations à la frontière entre la République d’Irlande au sud, membre à part entière des 28 pays de l’UE, et l’Irlande du Nord (l’Ulster) appartement au Royaume-Uni au nord et donc hors UE dès le Brexit consommé. Un système de contrôle et de taxation doit donc être mis en place à la frontière des deux Irlande pour garantir la sécurité des biens parvenant sur le sol communautaire en provenance de l’Ulster, mais sans menacer la paix entre les deux communautés irlandaises que le rétablissement d’une frontière ne manquerait pas de provoquer. Il faut donc trouver une frontière non physique et pourtant efficiente, ce que jusqu’à ce jour les décideurs britanniques n’ont pas voulu considérer. Par ailleurs, sortir de l’Union européenne, c’est pour le Royaume Uni l’obligation de renégocier les 759 accords économiques internationaux passés par celle-ci avec l’UE, et donc disposer d’experts pour recréer toute l’architecture commerciale du pays après la sortie de l’UE.

Enfin, François Bafoil aborde les différents points de vue adoptés par les partis politiques britanniques. Les conservateurs et eurosceptiques refusent catégoriquement de faire de l’Irlande du Nord un territoire avec un statut à part. Les travaillistes, sous l’égide de Jeremy Corbyn, n’ont jamais présenté de position claire pour rester ou sortir de l’UE, mais ont profité de l’opportunité du Brexit pour proposer un programme politique et économique important présentant une vraie politique de gauche mais totalement en rupture avec l’évolution récente du Labour. Dans le camp pro-UE s’est créée une coalition baroque rassemblant des libéraux-démocrates, des indépendantistes de droite et le parti travailliste de gauche. Cette situation ubuesque a également révélé l’incompétence et le mensonge des politiques tout au long du processus.

Pour conclure, professeur Bafoil affirme que le Brexit articule des positions populistes, qui font écho en Europe à des inquiétudes sur les limites d’un système redistributeur, les échecs de la mobilité sociale, et un sentiment profond que l’État est incapable de répondre aux inquiétudes des citoyens. Un parallèle peut être ainsi tiré avec un autre type de populisme, que l’on retrouve en Europe centrale, et l’orateur conclut en insistant sur la pluralité des populismes, malgré quelques constantes.

La session de questions-réponses avec l’audience qui a suivi a permis au professeur Bafoil de souligner l’unité des 27 autres États-membres de l’UE dans cette situation politique soumise à de très fortes tensions internes, et notamment la position de la Pologne très pro-UE malgré des liens très étroits avec le Royaume-Uni et les États-Unis. Une « contagion » des idées du Brexit reste peu probable. Ont également été abordées les questions de la possible intégration de l’Écosse dans l’UE, très favorable, et la crainte du gouvernement britannique de voir une unification de l’île irlandaise.

Cette conférence a été suivie d’un petit pot où les participants ont pu apprécier un verre de vin dans cette galerie d’art classique chinois et français.