Conférence hors cycles: « Les élections présidentielles françaises de 2012 : Retour sur le résultat des scrutins, regard sur les politiques économiques à venir » par Richard Balme

Le 4 juin 2012, deux semaines donc après l’élection de François Hollande à la présidence de la république, Richard Balme, professeur à SciencePo Paris et enseignant au centre d’administration publique de l’université Tsinghua est venu présenter et commenter les résultats des scrutins présidentiels. Pour nos collègues chinois de l’université Tsinghua et de l’Académie des Sciences Sociales de Chine, l’enjeu était de comprendre les attentes suscitées par cette élection et surtout de débattre des évolutions de la politique étrangère de la France, vis-à-vis de l’Europe et vis-à-vis de la Chine. Il faudra encore certainement du temps pour comprendre comment François Hollande est devenu le deuxième président socialiste de la Cinquième République. Les informations essentielles sont néanmoins disponibles. Richard Balme a pu ainsi se risquer à un débriefing à chaud qui confirmait l’une des ses hypothèses principales présentées lors d’une conférence antérieure à l’élection : François Hollande a gagné l’élection présidentielle au centre tout en sachant qu’il pourrait compter sur sa gauche.

Pour Richard Balme, François Hollande a bénéficié d’un excellent report des voix de gauche, tout en réussissant à aspirer l’électorat centriste dès le premier tour (fait visible notamment à travers l’évolution inversée des intentions de vote pour François Bayrou et pour François Hollande). Hollande a ensuite réussi à résister à la poussée d’un Nicolas Sarkozy qui a bien mobilisé son électorat sur la dernière semaine (54 % des électeurs de Marine Le Pen au premier tour ont voté Sarkozy au second, tandis que 18 % d’entre eux ont voté Hollande et que 28 % se sont abstenus). Les enquêtes d’opinion montrent aussi clairement que François Hollande est parvenu à incarner l’image désirée de « président normal », proche des Français et protecteur. Difficile de dire pour autant à quel point cette stratégie de communication s’est avérée payante en terme de votes. Elle peut néanmoins expliquer en partie son score particulièrement élevé (si l’on compare au scrutin de 2007), chez les personnes âgées et chez les principales victimes de la crise économique (ouvriers, jeunes). Concernant les grandes lignes de la politique étrangère de la France, Richard Balme explique qu’il faudra attendre. L’élection présidentielle ne se jouant pas sur les questions de politique extérieure, les déclarations officielles sur le sujet ont été bien maigres.

Seule certitude, la volonté affichée d’adjoindre un volet de croissance économique au pacte de stabilité/austérité, c’est-à-dire donner un cap davantage keynésien aux politiques économiques de la zone Euro. Mais Richard Balme annonce : « les marges de manœuvres auraient été réduites quel qu’ait été le président élu ».

 Spécialistes des questions européennes en compagnie de Michel Bonnin

 

 Zhang Lihua, la directrice du centre de recherche sur l’Europe de l’université Tsinghua

Sur ce point, les experts chinois ont manifesté unanimement leur accord. Leurs réflexions sur l’avenir de la Zone Euro et de la politique européenne de la France ont en revanche balayé l’univers des possibles politiques. L’avenir de l’Europe et de la France a suscité des réactions tout à la fois vives et contradictoires. Certains, comme Mme Zhang Lihua, ont exprimé leurs craintes devant le risque de sclérose politique de l’Europe. D’autres, comme les experts de l’Académie des Sciences Sociales, semblent voir d’un bon œil un certain maintien du Welfare State tout en s’interrogeant sur les marges de négociation du président français face aux Européens du Nord et aux intérêts des banques d’investissement.