Cycle de conférences « La philosophie des Lumières ». Première conférence : « Les Lumières, morale et mesure » par Michel Delon

Professeurs et intellectuels chinois se passionnent pour la question des Lumières. Pensée à la fois plurielle et à vocation universelle, la philosophie de Lumières apparaît à certains comme un moyen de faire entrer la Chine dans le monde moderne, et à d’autres, comme une pensée incompatible avec une culture millénaire. Afin de permettre à nos amis chinois de continuer ce débat avec le maximum d’outils intellectuels, le CFC a décidé d’organiser un cycle de conférences sur ce sujet. Pour la première session, le CFC a eu l’honneur d’inviter Michel Delon, professeur à l’université de la Sorbonne, à exposer ses travaux sur la littérature du XVIIème et du XVIIIème siècles à l’université Tsinghua.

L’exposé était consacré aux débats des philosophes des Lumières quant à la possibilité d’examiner scientifiquement la « morale », c’est-à-dire de quantifier les mœurs et les habitudes des hommes, dans le but éventuel de leur permettre de régler rationnellement leurs conduites et leurs mœurs.

Afin de rendre compte des divers avis des écrivains, philosophes, encyclopédistes des Lumières sur la question de la refondation scientifique de la morale, Michel Delon a notamment fait l’analyse de textes de Fontenelle (Entretiens sur la pluralité des mondes), de Goethe (Faust) ou encore de Jean Galli de Bibiena (Le petit toutou).

Après avoir embarqué le public dans le roman de Fontenelle composé d’entretiens scientifiques sur fond de badinage amoureux, où « une même rationalité englobe les mouvements des astres et ceux de la vie physique et morale », Michel Delon a exposé le changement radical du dernier Faust, passé du statut d’alchimiste à celui de savant engagé, cherchant à œuvrer pour le progrès social et confronté au dilemme de l’homme politique qui doit choisir entre l’organisation rationnelle du monde et la sauvegarde de la maison d’un couple de vieillards.

Ces récits allégoriques et subtiles métaphores ont permis au public chinois de mieux  comprendre les philosophes des Lumières, tout en s’interrogeant sur les limites d’une contribution de la science et des scientifiques au développement harmonieux de la société.