Conférence de Michel Dobry : « La « structure » du système international. Quelques problèmes de recherche », 17 octobre 2014

Le Centre franco-chinois a eu le plaisir d’accueillir Michel Dobry, professeur émérite à Paris 1, pour une conférence sur la « structure » du système international le 17 octobre 2014.

« La « structure » du système international. Quelques problèmes de recherche »

Voir la première partie de la conférence
Voir la deuxième partie de la conférence

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Pour sa deuxième conférence à Tsinghua, Michel Dobry est revenu sur les approches contemporaines de la « structure » du système international, autour des théories de deux grands penseurs des relations internationales, Kenneth Waltz et Alexander Wendt. L’approche dite du « réalisme structural » de Waltz lui permet de penser la structure du système international en tant que construction intellectuelle du chercheur, à la manière de l’idéal-type weberien. Pour Waltz, le système international est profondément anarchique, c’est-à-dire qu’aucun super-État n’est en mesure de dominer tous les autres, mais les capacités des différents États sont inégalement réparties. De là, Waltz établit que la politique étrangère des acteurs du système international est fondamentalement celle de la Realpolitik, les amenant à nécessairement rééquilibrer la puissance, lorsque celle-ci est hégémonique. L’approche de Waltz est contestée par Wendt, pour qui la structure du système international est un phénomène plus idéel que matériel, le fondement du système international se trouve pour lui dans la « connaissance partagée » (shared knowledge), symbolisée par les idées, représentations collectives ou différentes formes de cultures, inégalement répartie entre les acteurs.

Pour mieux envisager la portée théorique de ces deux approches, Michel Dobry a soumis les idées de Waltz et Wendt à l’épreuve des faits, en particulier la recomposition du système international après la chute de l’URSS. En effet, si l’on admet que le système international était bipolaire avant les années 1990, quand un de ces deux pôles s’effondre, on devrait théoriquement considérer que le système international est alors devenu unipolaire, dominé par la seule puissance États-unienne. Pour Waltz cependant, dont les théories prédisent un rééquilibrage de la puissance au sein du système international, ce moment unipolaire ne peut être que volatile, destiné à disparaître. Cependant, depuis les années 1990, le rééquilibrage ne s’est de fait pas produit, ce qui ne veut pas dire que les autres acteurs du système international n’ont pas systématiquement tenté de rééquilibrer la puissance des États-Unis. Cela contredit également les théories constructivistes de Wendt, pour qui appartenir à une communauté d’ « amis », comme l’OTAN, devrait interdire les tentatives de rééquilibrage, alors que nous nous rappelons que lors de la guerre en Irak, la France a menacé d’utiliser son droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les approches structuralistes de Waltz comme de Wendt, peinent toutes deux à rendre compte de l’action des acteurs. Beaucoup de structuralistes pensent que la pratique consiste à appliquer les normes et les règles, ce qui, pour Michel Dobry, est une impasse, car on ne comprend plus alors ce que les acteurs sont capables de faire avec les règles, et contre les règles.