Première rencontre-conférence des jeunes chercheurs français et chinois en Sciences Humaines et Sociales

第一届中法青年社会科学研究者这论

Le 19 avril 2012, s’est tenue la première conférence organisée par un groupe de jeunes chercheurs français en SHS, créé à l’initiative de ses membres, suite à la conférence des chercheurs organisée par l’ambassade de France et le CFC en novembre 2011.  Des étudiants chinois avaient été invités afin de discuter de la « condition de doctorant en France et en Chine ».

Cette première rencontre-conférence a débuté par les encouragements de Michel Bonnin, directeur du CFC qui a soutenu cette initiative des jeunes doctorants en facilitant leur mise en relations avec les jeunes chercheurs du département de sociologie, du département de relations internationales et du département d’histoire de l’université Tsinghua et en soutenant financièrement l’événement.

La conférence s’est ensuite poursuivie par une présentation en chinois sur la condition des jeunes chercheurs français articulée autour de trois thématiques : la sélection des étudiants, la diversité et la précarité des situations économiques des jeunes chercheurs et les exigences de publication de la thèse.

Suite à cette intervention, conclue par une courte comparaison sur les manières d’écrire les SHS en France et en Chine, les jeunes chercheurs chinois ont décrit à leur tour la complexité de leurs situations économiques (allocation mensuelle comparable au salaire d’un ouvrier migrant, droit de scolarité de l’ordre de 1300 euros/an…) ainsi que les exigences politiques qui pèsent sur leurs manières de s’engager dans le domaine de la recherche.

Ils ont souhaité souligner que l’engagement dans une thèse de doctorat était pour certains d’entre eux, un moyen d’accéder à un emploi qualifié et mieux payé dans un contexte d’inflation des diplômes et de pénurie d’offres d’emplois qualifiés. Ils ont aussi défendu la qualité du travail de recherche en Chine en expliquant que certains articles de médiocre qualité scientifique, écrits dans une perspective d’aide à la décision pour les dirigeants politiques étaient un impératif d’État auquel les chercheurs devaient se soumettre pour postuler à des aides à la recherche.

Ces remarques ont été intégrées dans un débat très actif qui a finalement permis à chacun de se forger une opinion quant aux conséquences de la recherche sous commande, de l’inflation des diplômes, de la précarité économique et de l’incitation à la surproduction de notes de recherche au détriment de la qualité des publications en SHS.

Après une heure et demie d’un débat passionné, les jeunes chercheurs chinois ont proposé un tour de table afin que chacun expose succinctement ses problématiques de recherches. Pour certains jeunes chercheurs français, cette occasion fut une sorte de baptême du feu dans le domaine de la recherche en Chine. Après, deux heures et demie de rencontre, les jeunes chercheurs ont  continué leurs discussions autour d’un verre de l’amitié, dans l’espoir de se retrouver prochainement pour de plus amples débats.

Pour l’anecdote :
Une histoire sarcastique circule en Chine afin de souligner les difficultés que rencontrent plus particulièrement les femmes qui souhaitent s’engager dans la recherche scientifique :
« Il y a trois genres d’humains sur terre : Les hommes, les femmes et les femmes docteurs »
Bien que les jeunes générations de Chinois et plus particulièrement les habitants des villes et les diplômés du supérieur se marient plus tard que les Chinois des générations précédentes (exception faite peut-être pour les urbains ayant été touchés par le mouvement d’envoi à la campagne), les femmes chinoises restent en grande partie persuadées qu’elles doivent se marier à « l’âge venu ». Quoique la perception de « l’âge venu » ne soit pas homogène, la pression sociale « du temps du mariage », dissuade peut-être certaines femmes de s’engager dans la recherche, ou leur fait craindre a minima un insertion difficile sur le marché matrimonial.
La structure et les représentations du marché matrimonial expliquent peut-être ainsi, pourquoi la proportion d’hommes docteurs en SHS est plus élevée que celle des femmes bien que le nombre d’étudiantes en SHS au niveau licence (benke) soit bien plus élevé que celui des étudiants masculins.