Séminaire jeunes chercheurs – 7 mai 2020 (en ligne)

Le 7 mai 2020, le CFC a tenu un Séminaire jeunes chercheurs en ligne, rassemblant une dizaine de participants se trouvant à Pékin, en France et à Vancouver, pour écouter les présentations de Yannick Podgorski et Grégoire Bienvenu. Nous prévoyons de renouveler l’expérience pour la dernière séance de l’année au mois de juin.

Tout d’abord, Yannick Podgorski, doctorant en première année à l’Université des Sports de Pékin en sport et management, a présenté un exposé sur le sport et les médias à l’époque de la concession française de Shanghai, illustré par de nombreuses photographies d’époque.

Image : sources : Jai Alai : http://www.shanghaiartdeco.net/lost-treasure-shanghais-jai-alai-auditorium/ ;
Loisirs : 
https://www.flickr.com/photos/161392673@N02/27594950738/in/album-72157665777176527/

Yannick Podgorski a dans un premier temps présenté l’histoire des relations entre les pays occidentaux et la Chine durant la fin du XIXe siècle et le début XXe. Celles-ci ont été fortement marquées par les Guerres de l’opium, menées par les Occidentaux principalement en vue de forcer la Chine à ouvrir ses ports et son marché intérieur pour pouvoir développer le commerce. Ces guerres avaient également une portée missionnaire chrétienne. Les Traités inégaux conclus après les différentes Guerres de l’opium ont donné aux pays occidentaux de nombreux avantages commerciaux et religieux.

C’est dans ce contexte historique que la France, à l’instar d’autres puissances occidentales comme la Grande Bretagne ou les États-Unis, va aménager une concession française dans la ville de Shanghai, la plus grande concession de France à l’étranger, régie par le principe d’extraterritorialité et sous la responsabilité du Consul. Cosmopolite, rassemblant jusqu’à 40 nationalités différentes, la concession voit son apogée après la Grande Guerre.

Le sport et les pratiques sportives importées de France occupent une place importante dans la vie des « bourgeois » cherchant des moyens de se divertir, se rassembler, mais également de se montrer dans la concession. Sont notamment pratiqués la pelote basque, la boxe ou encore le mini-golf. Les passionnés se rassemblaient au Cercle sportif français ou encore au Parc des Sports Auditorium Jai-alai fort de ses 3 000 places assises en intérieur.

La presse écrite et la radio, déjà très développées pour l’époque, couvraient les divertissements sportifs, avec notamment le Journal de Shanghai qui contenait de nombreuses publicités sportives ainsi que des petits manuels touristiques indiquant les « bons plans » sportifs. La place prépondérante des médias et du sport dans les loisirs, conclut Yannick Podgorski, a façonné la concession de Shanghai à l’image de la France en y représentant sa culture sportive, et a contribué au rayonnement de la culture française.

Une session de questions-réponses après la présentation a été l’occasion pour Yannick Podgorski de rappeler l’importance du sport dans la société, non seulement pour le bien-être, mais aussi comme véhicule d’idée, un outil de « sport power » permettant aussi bien nationalement qu’internationalement de développer sa visibilité et d’accroître son influence. Pour finir, Florence Padovani a également rappelé quelques faits historiques avant de souligner l’intéressante ambiguïté dans l’approche des Chinois autour de l’héritage patrimonial de Shanghai, qui mélange fierté du grand passé de la ville et preuve de l’humiliation subie par la Chine face à l’occupation de forces étrangères.

Dans la deuxième partie du séminaire, Grégoire Bienvenu, doctorant en première année à La Sorbonne Nouvelle Paris 3 et à la Communication University of China, a fait sa présentation depuis Vancouver, où il était 6h du matin. Pour commencer, Grégoire est revenu sur l’histoire du développement du hip-hop en Chine, d’abord apparu dans les années 1990, et dont les premiers grands groupes sont devenus célèbres au tournant des années 2000. L’émission Rap of China, diffusée depuis 2017, marque un vrai tournant en faisant basculer le hip-hop de la scène underground à la scène grand public.

Grégoire Bienvenu, dont la thèse se concentre sur les enjeux socio-culturels liés au développement du rap chinois, approche le hip-hop chinois à travers deux thèmes : l’hybridité culturelle et l’ideotainment. L’hybridité culturelle observe la manière dont le hip-hop a été intégré par la jeunesse chinoise puis réinterprété pour présenter ses propres particularités. L’ideotainment, théorisé par Johan Lagerkivst, décrit l’instrumentalisation par le pouvoir politique de la culture pop. Cela se traduit par une constante négociation entre les rappeurs et les autorités.

Grégoire revient ensuite sur une étude réalisée le mois dernier pour une future publication dans Perspectives Chinoises, où il examine les réactions des rappeurs chinois face au Covid-19, notamment à travers l’analyse du vocabulaire utilisé dans leurs chansons parues pendant cette période. Pour illustrer ses propos, il ponctue sa présentation d’images, d’extraits musicaux et de courtes vidéos des rappeurs chinois.

On voit qu’au début de la crise sanitaire, le vocabulaire utilisé dans les chansons est mélioratif et apporte un message positif, en soutien au récit des autorités chinoises qui présente une Chine mobilisée dans la lutte contre le coronavirus. Les images utilisées ont également leur importance. Le monde médical est omniprésent, symbolisé à travers le masque chirurgical et la figure du médecin (tantôt héroïque ou guerrier), mais toujours décrit en termes généralistes et métaphoriques pour éviter une prise de position politique.

Toutefois, à partir de la troisième semaine, le vocabulaire utilisé évolue vers un lexique plus sombre et relatif à la mort, qui, même s’il paraît anodin ou peu critique, montre déjà une prise de position. Des mots tels que « Wuhan » ou « virus », non censurés dans les chansons mélioratives, se retrouvent réduits à leurs initiales pour éviter ce que Margaret E. Roberts appelle la censure poreuse, c’est-à-dire censurer ces mots quand ceux-ci se trouvent associés à un champ lexical négatif. Pour éviter la censure, les rappeurs déplacent le récit dans une fiction en évitant de mentionner ces mots-clés, ou décident de ne pas diffuser leurs chansons sur les plateformes d’écoute.

Extrait de la vidéo diffusée par Grégoire Bienvenu intitulée « Life is Beautiful ».

Malgré une critique du gouvernement parfois assez claire dans ses paroles, le hip-hop chinois ne doit pas être simplement ramené à un affrontement de David contre Goliath. Le modèle économique, qui découle principalement des performances sur scène, a été fortement impacté par l’arrêt de toute production live dû au coronavirus, et les artistes se doivent de continuer à publier malgré une critique à leur encontre d’opportunisme commercial. Grégoire Bienvenu soutient que dans le contexte chinois,  l’économie impose des normes qui structurent la composition musicale, et ce facteur est peut-être même plus important que le politique.

Pour conclure, Grégoire Bienvenu avance deux enseignements à tirer de cette étude : premièrement, le rap chinois, quoique pouvant paraître peu critique envers le gouvernement, n’est pas apolitique. Deuxièmement, même si les autorités contrôlent le contenu à travers la censure, le facteur économique joue un rôle majeur dans la prise de position des rappeurs et constitue la structure sous-jacente à la scène hip-hop chinoise.

Lors de la session de questions-réponses, Grégoire Bienvenu a pu différencier la scène hip-hop de la scène punk chinoise, bien plus critique car restée underground. De plus, en appliquant la théorie de l’ideotainment, le cas chinois peut être assimilé à la situation en Russie où les autorités ont ouvertement déclaré ne pas vouloir censurer le hip-hop, mais bien le réinterpréter, ce qui n’est pas le cas en Corée du sud ou au Japon. Grégoire a pu revenir sur la différentiation des groupes de rap selon leur ville (Chengdu, Xi’An ou encore Changsha) mais également selon les langues utilisées, comme le rap au Xinjiang, au Tibet ou encore en Mongolie intérieure qui parfois sont en dialecte local. Enfin, Grégoire Bienvenu a indiqué que les rappeurs chinois qui font des tournées à l’international, et notamment aux États-Unis, ne sont pas plus critiques pour autant. Ceux-ci n’utilisent pas les mêmes codes que dans le rap américain (sexe, crime, drogue) car ils ciblent principalement un public estudiantin chinois aisé – ici encore le poids économique semble être prioritaire – et marqué par le nationalisme chinois à l’étranger.

Cette session, quoique réalisée en ligne, a été très chaleureuse et a permis de rassembler des étudiants désormais aux quatre coins du monde.

Compte rendu du séminaire jeunes chercheurs du jeudi 12 décembre 2019

Le dernier Séminaire jeunes chercheurs du semestre d’automne 2019 a rassemblé une dizaine d’étudiants pour écouter les présentations de Pierre-Adrien Deffis et David Juilien.

Dans un premier temps, Pierre-Adrien Deffis, de HEC Paris et en année d’échange à l’Université de Tsinghua pour sa deuxième année de master, nous a présenté les facteurs à prendre en compte afin d’assurer une entrée réussie sur le marché chinois à travers les cas d’étude de Danone et SEB.

Après les réformes d’ouverture de 1978 et la libéralisation progressive du marché chinois vis-à-vis des entreprises étrangères, celles-ci ont pu dès les années 2000 passer d’un modèle de joint-ventures obligatoire à un modèle entièrement étranger, les WFOE (wholly foreign owned enterprises). Pierre-Adrien revoit l’histoire de la croissance et du déclin sur le marché chinois de Danone, entreprise de produits laitiers et bouteilles d’eau, qui s’est associée à l’entreprise chinoise de produits laitiers Wahaha dès 1995. Il présente son évolution et les dissidences qui se sont petit à petit installées entre ces deux associés aux objectifs différents, où Wahaha a commencé à concurrencer Danone. A travers une approche interactive, les participants au séminaire ont essayé de déterminer la réponse qu’aurait dû apporter Danone lorsque les conflits ont surgi.

Pierre-Adrien présente ensuite l’évolution sur le marché chinois de SEB, entreprise familiale devenue leader de l’électroménager en France. Après avoir discuté avec l’auditoire du meilleur choix entre créer une joint-venture ou une WFOE, en mettant en avant les avantages de chaque option, Pierre-Adrien montre comment SEB, en créant une WFOE, a sécurisé sa place sur le marché chinois dans le long terme. En effet, leur implantation s’est réalisée à travers un processus plus long, certes, mais qui a suivi les us et coutumes chinois dans le monde de l’entreprise, contrairement à Danone qui avaient adopté une approche beaucoup plus conflictuelle avec leurs partenaires chinois.

Ces deux cas d’études permettent à Pierre-Adrien de résumer les éléments clefs à suivre pour réaliser une implantation réussie sur le marché chinois d’après lui : il faut créer une relation de confiance et éviter les confrontations directes, communiquer de manière conséquente et s’adapter à la culture locale, trouver des valeurs communes et des ambitions partagées, investir en temps et en argent mais également mener un suivi régulier des activités pour éviter tout désagrément futur.

Dans un second temps, David Juilien, en quatrième année de doctorat à Paris VIII nous présente son sujet de thèse : « la géopolitique locale en Chine, de l’extraordinaire à l’ordinaire », qui se focalise sur l’étude des conflits dus à l’aménagement du territoire en Chine rurale dans la vallée du fleuve Nu et le barrage de Baihetan (au Sichuan et Yunnan). David Juilien a d’abord expliqué les choix de ses cas d’études, avant de s’attarder sur la méthodologie suivie. Celle-ci est articulée autour de quatre axes définis par la « méthodologie géopolitique locale » : les logiques résidentielle, politique, environnementale et économique.

A travers les entretiens que David Juilien a menés auprès de la population locale, il présente les différents conflits et paradoxes engendrés par la transformation de l’espace de vie due au réaménagement du territoire dans la vallée du fleuve Nu, où d’un côté cela permet le développement économique et touristique de la région, et ainsi lutte contre la pauvreté importante dans la région, mais où les modes de vie sont transformés (notamment dans le secteur agricole), les populations sont déplacées, et où la corruption locale détériore les processus de relocalisation.

Il en va de même pour la région entourant le barrage de Baihetan (à la frontière entre le Sichuan et le Yunnan), où des zones faciles à cultiver vont être submergées sans être compensées par des terres de même qualité plus à flanc de montagne. De plus, le contrôle des informations données au compte-gouttes à la population locale empêche les habitants d’avoir une connaissance holistique de leur situation de compensation et de relogement, ce qui met en exergue l’inégalité des potentiels conflits émergents.

Pour terminer sa présentation, David Juilien explique le conflit mené d’abord pas des ONG locales puis internationales vis-à-vis des projets de barrage sur le fleuve Nu contre la NDRC (Commission nationale pour le développement et la réforme). Ces actions ont mené à l’arrêt de 13 projets de construction de barrages dans cette vallée frontière du Myanmar, principalement pour des raisons environnementales.

Compte rendu du Séminaire jeunes chercheurs du 6 novembre 2019

Le mercredi 6 novembre 2019 s’est tenu à Tsinghua le deuxième séminaire à destination des jeunes chercheurs du semestre. Le Centre franco-chinois a tout d’abord accueilli les nouveaux étudiants qui se sont rapidement présentés, avant de laisser place à Nicolas Lang et Michael Schaub pour leurs présentations.

Nicolas Lang, étudiant en dernière année du master Tsinghua – Ecole Centrale de Lyon, nous a présenté son sujet de mémoire sur la génération de musique par algorithmes. Dans un exercice de vulgarisation scientifique, Nicolas Lang est tout d’abord revenu sur ce qu’est le deep learning. C’est une forme d’apprentissage automatique,  pour lequel une intelligence artificielle donnée n’est pas explicitement programmée , qui utilise une technologie particulière : le réseau de neurones profonds. A travers une pondération des entrées de données, les « neurones » utilisés vont pouvoir apprendre de leurs erreurs et se perfectionner jusqu’à être en mesure de produire des résultats au plus proche de ce qui est attendu de leur part.

Grâce à des schémas explicatifs, Nicolas Lang nous a expliqué comment un système est capable d’apprendre seul des relations logiques simples, telles que « A ET B », système qui pourra ensuite se complexifier à travers la mise en réseau des neurones. Cette technologie est déjà utilisée dans de nombreux domaines tels que la reconnaissance faciale, la recherche de cancers en radiologie ou encore dans les systèmes de traduction.

Dans un second temps, Nicolas Lang est revenu plus en détail sur le cœur de son sujet : la génération de musique par ordinateur. Pour cela, il nous a expliqué ce que sont les réseaux récurrents, qui permettent de lier les contextes de différentes entrées successives. Ceux-ci peuvent ensuite être couplés à un autre mécanisme : l’attention, qui pondère cette contextualité. Cela permet d’obtenir des résultats plus complexes et probants en conservant une meilleure mémoire des entrées. Dans son cas d’études, Nicolas Lang s’est basé sur des réseaux récurrents hiérarchiques, puis est passé à un modèle plus complexe: le Transformer. Cette une technologie sortie en 2018 est un réseau de neurones complexe utilisant principalement l’attention sans réseaux récurrents.

Nicolas Lang a détaillé la méthode de codification de la musique utilisé dans son algorithme en relevant les différents obstacles que cette codification représentait, avant de conclure sur les possibilités et les limites que génère le deep learning. Cette présentation, inhabituelle pour un séminaire en sciences sociales, a généré de nombreuses discussions sur le fonctionnement et les conséquences de cette technologie.

Ensuite, Michael Schaub, en dernière année de doctorat en analyse du discours, est revenu sur son cheminement et la méthodologie suivie pour comprendre la popularité de la « Révolution culturelle » chinoise en Europe dans les années 1970 et 1980 à travers l’analyse de cette formule.

Au regard des critiques portées par Simon Leys et Erik Neveu sur la « Révolution culturelle » , Michael Schaub indique que les milieux enthousiastes en France étaient principalement les intellectuels, les groupes militants et les établis, liant la « Révolution culturelle » à une histoire intellectuelle, culturelle et militante. Pour comprendre cet intérêt, une première nécessité était de savoir ce qui se dit sur la Chine dans l’ensemble des champs sociaux, en utilisant par exemple l’imatologie à travers le magazine Elle qui présentait en « Une » une représentation de Mao en découpe-papier en 1973.

Michael Schaub a décidé de se focaliser sur l’analyse du discours du corpus francophone belge, en partant de la théorie d’Erik Neveu basée sur l’imaginaire et surtout l’événement, son apparition dans une société et ce qui le caractérise. Pour repérer celui-ci dans le discours, Michael Schaub utilise la notion de formule théorisée par Alice Krieg-Planque qui parle de séquence conjointement partagée et problématique, qui va pousser tous les champs discursifs à devoir se positionner par rapport à cette formule.

C’est à travers ce prisme que Michael Schaub regarde le terme de « Révolution culturelle », dont l’utilisation aujourd’hui est bien différente de ce qu’elle signifiait en 1966. Il prouve que même ses détracteurs tels que Simon Leys sont obligés de l’utiliser et de se positionner par rapport à ce syntagme : le terme de « Révolution culturelle » est entré dans le discours commun et est utilisé par des personnes marquées par différentes idéologies – ce qui est révélateur de l’ère du temps.

L’étude de l’évolution temporelle des usages de ces formules montre que la leur réutilisation dans d’autres thématiques permet une influence mutuelle entre le sens original et le sens qu’on veut lui porter. Par exemple, la vision positive de la Chine en Europe dans les années 1970 amène à utiliser le terme de « Révolution culturelle » dans les médias pour décrire des pacifistes européens. Cette réalité est aux antipodes de ce que le terme définit originellement. Cette représentation, également orientée par un prédiscours ainsi qu’une mémoire collective/sociale véhiculée par notre langue, biaise notre vision de la « Révolution culturelle » chinoise.

En conclusion, cette analyse vise à préciser le fonctionnement de la mémoire mise en discours, le fonctionnement de la représentation de l’autre par rapport au passé, ainsi que le contexte environnant. Ce travail part  du présupposé que ce sont les faits et les événements qui amènent des nouveautés permettant un repositionnement.

Cette séance a été marquée par des débats animés dans une ambiance sympathique, en explorant des domaines très différents et tout aussi passionnants.

Compte rendu du séminaire jeunes chercheurs du mercredi 25 septembre 2019

Le 25 septembre 2019 s’est tenu le premier séminaire de jeunes chercheurs organisé par le Centre franco-chinois de l’année 2019-2020.

Tout d’abord, ce séminaire a été l’occasion d’accueillir les nouveaux étudiants sur Pékin. Florence Padovani, directrice du CFC, ainsi que Sandrine Fontaine son assistante, ont présenté le CFC et ses activités, dont l’une des composantes principales est constituée par ces réunions qui visent à aider et conseiller les étudiant.e.s dans leurs recherches et sur le terrain, et leur offre également l’occasion de présenter leurs travaux.

Chaque participant.e s’est présenté.e en mettant en avant son parcours académique et/ou professionnel, les raisons de sa venue à Pékin, mais également ses perspectives et projets. Les personnes présentes ont des profils très variés, qu’elles soient en sciences sociales ou sciences dites « dures », de la licence au jeune professionnel, amenant ainsi de la richesse dans les discussions.

Dans un troisième temps, Juliette Jin, chargée de mission au Secteur de coopération scientifique et universitaire de l’Ambassade de France, est venue présenter les différents dispositifs d’aide à la mobilité des chercheurs et doctorants. Du côté français, trois programmes phares viennent encadrer ce soutien financier destiné aux étudiants et chercheurs souhaitant venir en Chine pour y étudier ou y réaliser des projets de recherche :

  • le programme Découverte Chine, pour un premier contact avec la recherche chinoise
  • le programme Xu Guangqi, apportant un soutien aux échanges scientifiques déjà amorcés
  • et le programme Cai Yuanpei, pour consolider les échanges scientifiques s’articulant autour de thèses en cotutelle ou en codirection

Le gouvernement chinois offre également des possibilités de soutien à la mobilité à travers la bourse du China Scholarship Council (CSC) et le programme Hanban (Confucius China Studies Programme) à destination des étudiants de tous les niveaux. Juliette Jin a passé en revue les différents critères et conditions pour pouvoir bénéficier de ces programmes.

Enfin, cette réunion s’est terminée par un petit pot de bienvenue, marquant le début de cette nouvelle année universitaire.

 

Compte-rendu du séminaire jeunes chercheurs – 13 juin 2019

A l’occasion du dernier séminaire de jeunes chercheurs de l’année scolaire 2018-2019, le CFC a accueilli Martine Berger, géographe ayant enseigné à l’Université Paris 1 la Sorbonne. Deux élèves en sciences dures ont présenté leurs travaux de recherche.

Le premier exposé a été réalisé par Nicolas Mangin, étudiant en ingénierie environnementale en deuxième année du double diplôme entre Centrale Lyon et l’Université de Tsinghua. Nicolas a présenté ses travaux concernant la biodégradation d’un polluant dans les eaux usées. Ayant réussi à vulgariser son sujet pour un public non-scientifique, Nicolas est d’abord revenu sur les bases de celui-ci, à savoir ce que sont les eaux usées, comment fonctionne une centrale d’épuration, quels types de polluants existent et quelles sont les différentes façons de les éliminer – traitement chimique ou traitement biologique.

Sa recherche se focalise sur la carbamazépine, un antiépileptique très résistant de par sa nature chimique que l’on trouve dans l’eau des zones habitées. Son sujet s’articule sur la dégradation de ce polluant : comment combiner traitement chimique, grâce à l’ozonation, et biologique, grâce aux bactéries, pour améliorer la dégradation de la carbamazépine ? Pour répondre à cela, Nicolas Mangin a testé plusieurs bactéries, dont deux se sont soldées par des échecs. Il est actuellement en train d’essayer un mix de bactéries, supposé plus proche des réactions se produisant naturellement dans les centrales d’épuration. Il nous explique la démarche scientifique suivie pour ces expériences, le raisonnement sous-jacent, mais également les différents obstacles et enseignements tirés de ce processus fastidieux.

Lors de la série de questions-réponses ayant suivi cette présentation, Nicolas Mangin a pu revenir sur son parcours académique et les choix qui l’ont poussé à venir étudier la microbiologie en Chine à Tsinghua, mais également les limites de cette expérience. Florence Padovani a pointé du doigt le côté empirique de sa recherche, due selon Nicolas Mangin à la complexité des réactions s’opérant dans le processus de dégradation. Il est également revenu sur le processus de sélection naturelle des bactéries, très adaptables au milieu dans lequel elles évoluent.

Ensuite, Rémy Blockelet, étudiant du double diplôme entre les Mines de Paris Tech / l’INSA et l’Université de Tsinghua en gestion de projets énergétiques, est revenu sur le projet ALEF (du nom de sa formation) qui se concentre sur le rôle du stockage dans la transition énergétique. Après avoir brièvement présenté son master, son programme impliquant de nombreux voyages de terrain, ainsi que la diversité des étudiants l’ayant suivi, son exposé fait suite à la conférence qu’ils ont organisée le 28 mai dernier.

Dans un premier temps, Rémy est revenu sur les différentes techniques de stockage de l’énergie de par le monde, dominées à 96% par les STEP (stations de transfert d’énergie par pompage), suivies du stockage thermique au sel fondu des centrales CSP (Concentrated Solar Power) (2%) et les batteries stationnaires (2%). Il rappelle que dû à l’importance encore accordée au nucléaire, qui occupe plus de 70% du mix électrique français, le stockage de l’énergie produite n’est pas une priorité en France. Cela peut devenir un obstacle dans le développement des énergies renouvelables compris dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) car le stockage ajouterait davantage de flexibilité du réseau électrique pour pallier aux moments de pics de ces énergies intermittentes.

Rémy Blockelet a ensuite abordé les thématiques de l’autoconsommation et l’autoproduction, encore assez peu développées en France mais qui intéressent une majorité de Français. Il a présenté les conditions de production et de consommation et leurs limites, en apportant également quatre critères permettant le développement de l’autoconsommation en France : augmenter le prix de l’électricité, baisser le prix des panneaux solaires, améliorer les différentes lois et régulations existantes, et impliquer dans le processus les acteurs historiques tels que EDF, Engie etc.

La question des smart grid a été abordée dans la session de Q&A, ainsi que les raisons ayant poussé Rémy à venir étudier en Chine, assez similaires à celles de Nicolas Mangin. Florence Padovani note en remarques conclusives que chacune des présentations données lors de ces séminaires ont mis en avant les difficultés de la recherche en Chine, que ce soit la barrière de langue, l’accès restreint aux ressources, les difficultés administratives ou bien le manque de coopérativité des partenaires chinois. Malgré tout la venue en Chine reste pour tous une expérience de vie enrichissante, quoique pleine de défis.