3-4 et 14 décembre 2020 – Atelier : « Devenir patrimoine aujourd’hui en Chine »

Les 3 et 4 décembre 2020, sur deux demi-journées, le Centre franco-chinois (CFC) et le centre pékinois de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO) organisent un atelier intitulé « Devenir patrimoine aujourd’hui en Chine : la valorisation des pratiques et savoir-faire traditionnels, entre trajectoires d’acteurs et constructions normatives ».  Organisé de manière hybride en visioconférence, cet événement rassemblera des chercheurs français experts du patrimoine immatériel culturel (PCI).

L’atelier continuera dans un deuxième temps le 14 décembre à Pékin, dans les locaux de l’EFEO,  sous forme d’une journée de travail qui rassemblera des chercheurs chinois experts du PCI chinois.

Atelier en français les deux premières demi-journées et en chinois le 14 décembre. Inscriptions obligatoires à contact@beijing-cfc.org.

12e Prix Fu Lei de la traduction et de l’édition

Les 21 et 22 novembre prochains se tiendra la 12e édition du Prix Fu Lei de la traduction et de l’édition à Pékin. Créé en 2009 à l’initiative de l’ambassade de France en Chine et d’intellectuels chinois francophones représentés par le professeur Dong Qiang, le Prix Fu Lei met à l’honneur la traduction en mandarin d’ouvrages français et soutient leur diffusion dans toute la Chine.

Le Prix Fu Lei récompense le travail essentiel des traducteurs dans le développement des échanges culturels entre la France et la Chine. Décerné dans les catégories « littérature » et « essai », le Prix Fu Lei s’est enrichi en 2013 d’une catégorie « jeune pousse » pour encourager la jeune génération de traducteurs.

Les membres du jury Wang Kun, Dong Qiang, Florence Padovani et Duanmu Mei

Cette année, le jury est présidé par Florence Padovani, directrice du Centre franco-chinois, qui a participé à ce titre à la conférence de presse du 22 octobre. (Pour voir le reportage de CGTN en français à ce sujet, cliquer ici).

Florence Padovani et Dong Qiang

Lors de celle-ci,  le jury a sélectionné 10 finalistes :

  • « Le Maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle » de Jacques Rancière ; traduit par Zhao Zilong
  • « Juger la Reine. 14, 15, 16 octobre 1793 » d’Emmanuel de Waresquiel ; traduit par Zeng Zhaokuang
  • « Les Forces imaginantes du droit (I- Le Relatif et l’universel & II-Le Pluralisme ordonné) » de Mireille Delmas-Marty ; traduit par Liu Wenling et Liu Xiaoyan
  • « L’Autre Langue à portée de voix » d’Yves Bonnefoy ; traduit par Xu Feiding et Cao Danhong
  • « Jean-Jacques Rousseau. La transparence et l’obstacle » de Jean Starobinski ; traduit par Wang Wei
  • « Dans la solitude des champs de coton » de Bernard-Marie Koltès ; traduit par Ning Chunyan
  • « L’Ordre du jour » d’Éric Vuillard ; traduit par Meng Mei
  • « L’École buissonnière » de Nicolas Vanier ; traduit par Wang Meng
  • « La Chambre des époux » d’Éric Reinhardt ; traduit par Ping Yuan
  • « Cent mille milliards de poèmes » de Raymond Queneau ; traduit par Wu Yannan

5 novembre 2020 – Conférence en ligne de David Camroux : « Perspectives on the EU-Asia-US Triangular Relationship after the US Presidential Elections »

/ ! \ Evénement repoussé pour raisons de santé. Nouvelle date annoncée ultérieurement.

Professeur David Camroux, du Centre de recherches internationales (CERI – Sciences Po), reviendra dans une conférence en ligne sur la relation triangulaire entre les États-Unis, l’Union européenne et l’Asie après les résultats de l’élection présidentielle américaine.

Conférence en anglais, ouverte à toutes et à tous, qui se tiendra en ligne le 5 novembre 2020 de 16h30 à 18h30 (heure chinoise).

20 juillet 2020 – Conférence en ligne de Florence Padovani : La contraction brutale de l’espace à l’ère de la pandémie : la vie quotidienne des résidents de Pékin lors de la propagation du Covid-19

Entrée de hutong pendant l’épidémie de coronavirus

Le 20 juillet 2020, la directrice du CFC Florence Padovani a participé aux séminaires podcastés « Territoires affectés » organisés par Tania Lementec du Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine (CECMC).

Florence Padovani a, dans un premier temps, enregistrer ses propos concernant la contraction brutale de l’espace à l’ère de la pandémie : la vie quotidienne des résidents de Pékin lors de la propagation du Covid-19, que vous pouvez retrouver ici :

A suivi un débat interactif en direct entre Florence Padovani et l’audience. Retrouvez plus d’informations sur ces « séminaires-podcasts » ici.

Appel à contribution : Authentifier la Chine. Gouvernance et mises en valeur à l’heure du patrimoine culturel immatériel

Nouvel appel à contribution pour un dossier de Perspectives chinoises

Authentifier la Chine. Gouvernance et mises en valeur à l’heure du patrimoine culturel immatériel

Coordinateurs du dossier: Guillaume Dutournier (EFEO, Pékin) et Florence Padovani (CFC, Pékin)

Depuis que les autorités chinoises ont adopté en 2004 la Convention de l’UNESCO sur le « patrimoine culturel immatériel » (PCI), la Chine populaire est devenue le lieu d’une véritable fièvre patrimoniale. Venant s’ajouter aux mesures conservatoires mises en place depuis 1950 sur les sites historiques, un nombre toujours plus important de projets et d’initiatives invoquent le « feiyi » (acronyme pour PCI en mandarin) pour tenter de faire reconnaître des pratiques perçues comme traditionnelles et sauvegarder leurs lignes de transmission (Bodolec 2012 ; Maags 2018). Inscrite à l’agenda gouvernemental via une pluralité d’agences, cette valorisation se formule dans l’idiome de la « culture » et du « populaire », mais n’est pas homogène sur tout le territoire et se présente comme un phénomène concurrentiel, rassemblant divers types d’acteurs autour de procédures d’accréditation variées (Smith 2006 ; Madsen 2014 ; Shepherd & Yu 2013). Au-delà de son retentissement au niveau national, ce nouveau discours renforce l’image du pays en imposant la Chine postmaoïste sur la scène patrimoniale mondiale : aujourd’hui fort d’une quarantaine d’items sur les listes PCI de l’UNESCO, l’État chinois confirme son implication dans l’« extension typologique » de la notion de patrimoine, ainsi que sa capacité à enrichir le répertoire commun (Choay 2007 ; Bodolec 2014 ; Maags 2019 ; Bortolotto & Demgenski 2020).

Le phénomène du feiyi suscite depuis une dizaine d’années une abondante recherche en sciences sociales. Divers par leurs objets et leurs perspectives, ces travaux se laissent diviser en deux groupes selon le positionnement qu’ils adoptent par rapport aux acteurs. Dans les travaux que nous dirons « embarqués », souvent le fait de chercheurs chinois, l’expertise savante rencontre sur le terrain des intérêts et des attachements (pour des danses et des musiques, des savoir-faire artisanaux et artistiques, des fêtes rituelles…) qu’elle cherche à orienter en s’impliquant parfois dans l’élaboration de projets locaux (Gao 2006, 2014 ; Cui 2006 ; Shen 2010 ; Li 2014). Selon l’autre approche, souvent mais non exclusivement représentée par les travaux étrangers, les chercheurs s’interrogent sur le rôle du PCI chinois dans le renforcement de la légitimité du pouvoir, ou au contraire sur l’empowerment des groupes impliqués (Graezer 2003 ; Oakes 2013 ; Kuah & Liu 2017) ; d’autres travaux se font l’écho des critiques, de plus en plus fréquentes en Chine, contre la marchandisation de la culture (Bendix 2009 ; Taylor 2014 ; Pal 2009 ; Yan 2017). De part et d’autre, un enjeu plus ou moins explicite est celui du projet normatif de l’UNESCO et de sa potentielle acclimatation en Chine : si, aux yeux de certains, ce projet trouve dans l’exemple chinois une confirmation de son orientation universaliste, d’autres relativisent l’influence de l’Organisation et mettent en avant une vision spécifiquement chinoise du rapport au passé, en vertu précisément de l’importance qu’y occuperait l’« immatériel » (Yan 2015, 2016 ; You 2015 ; Li 2020 ; Su 2020).

En proposant une approche interne mais non exceptionnaliste sur la fabrique du PCI en Chine, ce numéro spécial s’inscrit dans une démarche alternative. Plutôt que d’opposer la Chine au reste du monde, ou le gouvernement à la « société civile », il entend suivre dans la durée – et dans leurs appartenances plurielles – les acteurs et les administrateurs du feiyi, afin de mettre en lumière le système de valeurs hybrides et mouvantes qu’expriment leurs démarches. En Chine comme ailleurs, la requalification des pratiques et artefacts en termes de « patrimoine » apparaît comme un moment critique d’attribution de valeur, où sont mobilisés des cadres et des instances évaluatrices à vocation stabilisante. Ces cadres et ces instances prolongent les institutions et les modes de réflexivité déjà présents dans la société, tout en fournissant des appuis nouveaux pour justifier des réévaluations d’artefacts, de sites ou de pratiques. Le type d’approche récemment développé dans la « sociologie de la valuation » apporte un éclairage précieux sur ces mises en valeur patrimoniales et sur la manière dont elles s’articulent ou se confrontent dans des dispositifs ou des critiques (Heinich 2009, 2017 ; Boltanski & Esquerre 2017).

Dans le cas du PCI chinois, cette approche par l’explicitation des valeurs permettra de faire justice à un aspect encore assez largement sous-estimé jusqu’ici : le fait que la patrimonialisation actuelle repose sur une catégorie traduite, censée prolonger la normativité internationale mais au fond relativement floue, et autorisant sur le terrain quantité d’élaborations et d’appropriations. Le « feiyi » chinois opère à la façon d’un signifiant flottant dont les acteurs sont constamment en train de définir le périmètre et les enjeux selon leur échelle d’action et leur type d’engagement (Ashworth 2011 ; Su 2019). Dans un tel cadre, la question de l’authenticité, quoique écartée de la définition du PCI selon l’UNESCO (la dernière datant de 2004 à Yamato) et jusqu’ici cantonnée en Chine au seul patrimoine culturel matériel, revient régulièrement dans les discours sur l’immatériel pour justifier la recherche d’un équilibre entre continuité et créativité (Zhu 2017 ; Su 2019 ; Maags 2020). Cette vitalité interprétative doit être prise au sérieux car elle fait partie de la dynamique propre du PCI chinois, mais aussi de son hybridité fondamentale, particulièrement manifeste sur des séquences longues. En proposant un suivi prolongé des divers acteurs du feiyi, les enquêtes de ce numéro spécial donneront à voir leur va-et-vient à différences niveaux : entre les instances de gestion du PCI (parfois à l’intersection des différents types de patrimoine) et la pluralité de leurs raisons d’agir ; entre leur volonté d’authentifier des pratiques et leurs efforts pour identifier des « transmetteurs » ; entre les sources plurielles, tantôt empiriques, tantôt quantifiables, de la valeur patrimoniale et les diverses formulations de sa mise en critères et de sa mise en listes. Par cette approche diachronique des mises en patrimoine sous le signe du feiyi, par l’étude de leurs justifications et de leurs narrativisations, on entend favoriser une vision plus fine des logiques d’action et des dynamiques sociales à l’œuvre dans l’effervescence actuelle – ainsi qu’une approche renouvelée de ses potentialités politiques.

Merci d’envoyer avant le 30 juillet un résumé (200 à 300 mots) de votre projet de contribution aux éditeurs du numéro spécial : guillaume.dutournier@efeo.net et florence.padovani@beijing-cfc.org.

Les auteurs retenus seront invités à soumettre leur article pour le 30 septembre 2020.

Vous trouverez plus d’informations sur le format des articles ici.

La publication du numéro spécial aura lieu courant 2021.

Références

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Ashworth, Gregory (2011), « Preservation, Conservation and Heritage: Approaches to the Past in the Present through the Built Environment », Asian Anthropology, 10:1, 1-18.

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Bortolotto, Chiara (ed.) (2011), Le Patrimoine culturel immatériel. Enjeux d’une nouvelle catégorie, Paris, Editions de la Maison des sciences de l’homme.

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Choay, Françoise 2007 (1992), L’Allégorie du patrimoine, Paris, Seuil.

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Gao, Bingzhong (2014). « How Does Superstition Become Intangible Cultural Heritage in Postsocialist China? », Positions Asia Critique, 22 (3), pp. 551-572.

Graezer, Florence (2018), « Le Festival de Miaofengshan : culture populaire et politique culturelle », Etudes chinoises 22, 2003, pp. 283-295.

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Li, Ji, Krishnamurthy Sukanya, Pereira Roders Ana, Van Wesemael Pieter (2020), « Community participation in cultural heritage management: A systematic literature review comparing Chinese and international practices », Cities, 96, pp. 1-9

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Madsen, Richard, (2014), « From Socialist Ideology to Cultural Heritage: the Changing Basis of Legitimacy in the People Legal Perspective », Anthropology & Medicine, 21, (1), pp.58–70

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Pal, Nyiri (2009), « Between Encouragement and Control – Tourism Modernity and Discipline in China », in Winter Tim, Teo Peggy & Chang T.C, Asia on Tour: Exploring the Rise of Asian Tourism, London, Routledge, pp. 153-169.

Oakes, Timothy (2013), « Heritage as Improvement – Cultural Display and Contested Governance in Rural China », Modern China, 39 (4), pp. 380-407.

Shen, Chen & Hong Chen (2010), « Cultural Heritage Management in China », in Cultural Heritage Management: A Global Perspective, ed. Phyllis M. Messenger & George S. Smith, Gainesville, University Press of Florida, pp. 70-81

Shepherd, Robert J. & Lawrence Yu (2013), Heritage management, tourism, and governance in China. Managing the past to serve the present, New York, Springer.

Smith, Laurajane, (2006), The Uses of Heritage, London, Routledge.

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Su, Junjie, (2020), « Managing intangible cultural heritage in the context of tourism: Chinese officials’ perspectives », Journal of Tourism and Cultural Change, 18 (2) ; pp. 164-186

Taylor, Timothy D. (2014), « New Capitalism, UNESCO and the Re-enchantment of Culture », in Madeleine Herren (ed.), Networking in the International System – Global Histories of International Organizations, Dedrecht, Springer, pp. 163-173.

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Yan, Haiming (2015), « World Heritage as Discourse: Knowledge, Discipline and Dissonance in Fujian Tulou Sites », International Journal of Heritage Studies, 21 (1), pp. 65-80.

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Yan, Hongliang (2017), Heritage Tourism in China. Modernity, Identity and Sustainability, Bristol, Channel View Publications.

You, Ziying (2015), « Shifting Actors and Power Relations: Contentious Local Responses to the Safeguarding of Intangible Cultural Heritage in Contemporary China », Journal of Folklore Research, Vol. 52 (2–3), pp. 253-268.

Zhang, Yanling, Fang Xie, Zhenghuan Li, Xiaohuai Wu (2017), On the Chinese National Cultural Heritages: Tourism Development and Education, Berlin, Wissenschaftlicher Verlag Berlin.

Zhu, Yujie, (2016), « Authenticity and Heritage Conservation in China: Translation, Interpretation and Practices », in K. Weiler & N. Gutschow (eds.), Authenticity in Architectural Heritage Conservation, Transcultural Research, Heidelberg Studies on Asia and Europe, Springer, 2017, pp. 187-200.

Résumé du Séminaire jeunes chercheurs du 17 juin 2020

Le 17 juin 2020, le CFC a organisé en ligne le dernier Séminaire jeunes chercheurs du semestre, où Pierre Do et Gaël Bizet ont pu présenter leurs travaux de recherche.

Tout d’abord, Pierre Do, en quatrième année de doctorat à l’Université de Tsinghua en ingénierie hydraulique, nous a présenté sa thèse : « Exploring Synergies in the Water-Food-Energy Nexus by Using an Integrated Hydro-Economic Optimization Model for the Langcang-Mekong River Basin ». Celle-ci étudie les impacts du partage des ressources hydrauliques entre les 6 pays que traverse le Mékong – Chine, Myanmar, Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam. Pour cela, il s’est concentré sur trois secteurs : l’eau (le fleuve), l’agriculture (l’irrigation des cultures) et l’énergie (les barrages).

Pierre Do prend également en compte la composante institutionnelle, en mettant en avant le rôle de la Lancang-Mekong Cooperation (LMC), créée par la Chine en 2016 et qui depuis est devenue l’instance politique décisionnaire dans la région.

Sa problématique s’attache à la manière dont les barrages – controversés vis-à-vis des impacts sur l’écosystème et des déplacements de population – peuvent être utilisés de façon positive. L’objet de son étude est de regarder comment améliorer la gestion des barrages, basée sur la coopération entre pays.

Pour cela, Pierre Do a construit un modèle intégrant trois paramètres – la production hydroélectrique, la production agricole par irrigation et le rendement de la pisciculture – à travers les trois composantes que sont les données hydrologiques, les infrastructures hydroélectriques (barrages et autres) et les zones d’irrigations et pratique de culture dans le bassin versant. Ce modèle vise à créer une « condition référence » servant de base pour ensuite y apporter des variations et ainsi formuler des scénarios possibles. Le modèle explique le fonctionnement d’un bassin versant et essaye de comprendre quelles sont les conséquences de la gestion des barrages sur les secteurs de l’hydrologie, l’hydroélectricité et l’irrigation.

Ce modèle met en lumière des compromis entre les différentes données. Son étude révèle ainsi que les barrages peuvent augmenter les revenus pour l’irrigation, et ce notamment en période de sécheresse, d’où la nécessaire coopération et le partage d’informations entre la Chine en amont et les autres pays en aval. Dans certains cas, l’utilisation de l’eau des barrages peut également améliorer la production piscicole, mais elle se trouve alors en compétition avec l’irrigation des cultures.

Enfin, Pierre Do soutient que la gestion de ce bassin a accentué le leadership chinois dans la région, lequel a travaillé en bonne intelligence pour développer économiquement la région grâce à la construction des barrages. Il conclut donc que les barrages sont positifs pour la coopération régionale. Florence Padovani nuance le propos en rappelant les manifestations des populations locales, notamment au Laos, qui se trouvent tributaires des actions de la Chine en amont du fleuve. De plus, les projets de construction de barrages chinois emploient souvent de la main d’œuvre chinoise au détriment des populations locales.

Lors de la séance de questions-réponses qui a suivi la présentation, Pierre Do est revenu sur les raisons du choix du sujet, et les relations qu’il entretient avec son directeur de thèse. La coopération intergouvernementale en Asie du sud-est dans le domaine hydraulique a également été abordée.

Arnaud Debauge lors de la séance de questions-réponses

 

Dans un second temps, Gaël Bizet, actuellement en master double diplôme entre l’École Centrale de Nantes et l’Université de Tsinghua en mécanique du solide et simulation, nous a présenté une introduction à la simulation (et l’expérimentation) en mécanique.

Tout d’abord, Gaël Bizet est revenu sur les notions physiques élémentaires que sont la mécanique, la méthode des éléments finis et la simulation. La mécanique des milieux continus est l’étude des mouvements dans l’espace d’un objet déformable que l’on considère dans son ensemble. Cela présente deux variables essentielles que sont la déformation de l’objet ainsi que la contrainte, ou pression interne, que celui-ci subit. La simulation est un outil de visualisation qui utilise un ensemble d’équations prédisant la réaction d’un objet dans une situation donnée. Pour la réaliser, on utilise la méthode des éléments finis : on effectue une sorte de maillage sur l’objet que l’on veut étudier – car considérer un objet dans son ensemble revient à le diviser en une multitude de points plus ou moins précis – pour pouvoir prédire son mouvement.

La simulation revient donc à appliquer la mécanique des milieux continus avec la méthode des éléments finis. Plus le maillage sera fin, plus la simulation ressemblera à la réalité. Le rôle de l’ingénieur est donc de faire un compromis entre la précision de la simulation et le coût de calcul (plus la simulation est précise et plus les coûts pour la réaliser sont élevés).

Pour illustrer ses propos, Gaël Bizet a présenté l’exemple du brasage, une méthode d’assemblage de métaux sur laquelle il a travaillé pendant un stage en entreprise. Cette technique est notamment utilisée dans les industries de précision comme l’aéronautique. Il lui a été demandé de créer une simulation pouvant modéliser les contraintes engendrées par le brasage sur une pièce finale. Quoique toujours une approximation, ce type de simulation est couramment utilisé dans ces industries de précision pour éviter au maximum les tests physiques, très coûteux, sur les pièces à tester.

Lors de la séance de questions-réponses qui a suivi la présentation, Gaël a présenté le sujet du mémoire de master qu’il rédigera l’année prochaine, et qui concernera une autre technique utilisée dans les matériaux : le moulage. Il va étudier l’influence des trous dans une pièce, créés par le moulage de celle-ci, sur la durée de vie de la pièce. Il se focalisera en particulier sur une pièce du réacteur d’un avion, pour pouvoir pronostiquer, selon le nombre, la taille, et la concentration des trous créés par le moulage, combien de vols, décollages et atterrissages ladite pièce pourra supporter.

Yannick Podgorski a ensuite souligné la potentialité de l’amélioration des simulations grâce aux nouvelles méthodes informatiques comme celle des ordinateurs quantiques apportant une plus grande puissance de calcul. Cela permettra de réduire le compromis entre précision de la simulation et coût du calcul.

Pour terminer ce Séminaire jeunes chercheurs, qui conclut également le cycle des Séminaires 2019-2020 du CFC, la directrice du Centre Florence Padovani a remercié l’ensemble des participants, et rappelé l’intérêt de ces Séminaires qui, avec des présentations d’étudiants en master et de doctorants, en sciences dites « dures » comme en sciences humaines et sociales, nous permettent de nous enrichir mutuellement.

Séminaire jeunes chercheurs – 7 mai 2020 (en ligne)

Le 7 mai 2020, le CFC a tenu un Séminaire jeunes chercheurs en ligne, rassemblant une dizaine de participants se trouvant à Pékin, en France et à Vancouver, pour écouter les présentations de Yannick Podgorski et Grégoire Bienvenu. Nous prévoyons de renouveler l’expérience pour la dernière séance de l’année au mois de juin.

Tout d’abord, Yannick Podgorski, doctorant en première année à l’Université des Sports de Pékin en sport et management, a présenté un exposé sur le sport et les médias à l’époque de la concession française de Shanghai, illustré par de nombreuses photographies d’époque.

Image : sources : Jai Alai : http://www.shanghaiartdeco.net/lost-treasure-shanghais-jai-alai-auditorium/ ;
Loisirs : 
https://www.flickr.com/photos/161392673@N02/27594950738/in/album-72157665777176527/

Yannick Podgorski a dans un premier temps présenté l’histoire des relations entre les pays occidentaux et la Chine durant la fin du XIXe siècle et le début XXe. Celles-ci ont été fortement marquées par les Guerres de l’opium, menées par les Occidentaux principalement en vue de forcer la Chine à ouvrir ses ports et son marché intérieur pour pouvoir développer le commerce. Ces guerres avaient également une portée missionnaire chrétienne. Les Traités inégaux conclus après les différentes Guerres de l’opium ont donné aux pays occidentaux de nombreux avantages commerciaux et religieux.

C’est dans ce contexte historique que la France, à l’instar d’autres puissances occidentales comme la Grande Bretagne ou les États-Unis, va aménager une concession française dans la ville de Shanghai, la plus grande concession de France à l’étranger, régie par le principe d’extraterritorialité et sous la responsabilité du Consul. Cosmopolite, rassemblant jusqu’à 40 nationalités différentes, la concession voit son apogée après la Grande Guerre.

Le sport et les pratiques sportives importées de France occupent une place importante dans la vie des « bourgeois » cherchant des moyens de se divertir, se rassembler, mais également de se montrer dans la concession. Sont notamment pratiqués la pelote basque, la boxe ou encore le mini-golf. Les passionnés se rassemblaient au Cercle sportif français ou encore au Parc des Sports Auditorium Jai-alai fort de ses 3 000 places assises en intérieur.

La presse écrite et la radio, déjà très développées pour l’époque, couvraient les divertissements sportifs, avec notamment le Journal de Shanghai qui contenait de nombreuses publicités sportives ainsi que des petits manuels touristiques indiquant les « bons plans » sportifs. La place prépondérante des médias et du sport dans les loisirs, conclut Yannick Podgorski, a façonné la concession de Shanghai à l’image de la France en y représentant sa culture sportive, et a contribué au rayonnement de la culture française.

Une session de questions-réponses après la présentation a été l’occasion pour Yannick Podgorski de rappeler l’importance du sport dans la société, non seulement pour le bien-être, mais aussi comme véhicule d’idée, un outil de « sport power » permettant aussi bien nationalement qu’internationalement de développer sa visibilité et d’accroître son influence. Pour finir, Florence Padovani a également rappelé quelques faits historiques avant de souligner l’intéressante ambiguïté dans l’approche des Chinois autour de l’héritage patrimonial de Shanghai, qui mélange fierté du grand passé de la ville et preuve de l’humiliation subie par la Chine face à l’occupation de forces étrangères.

Dans la deuxième partie du séminaire, Grégoire Bienvenu, doctorant en première année à La Sorbonne Nouvelle Paris 3 et à la Communication University of China, a fait sa présentation depuis Vancouver, où il était 6h du matin. Pour commencer, Grégoire est revenu sur l’histoire du développement du hip-hop en Chine, d’abord apparu dans les années 1990, et dont les premiers grands groupes sont devenus célèbres au tournant des années 2000. L’émission Rap of China, diffusée depuis 2017, marque un vrai tournant en faisant basculer le hip-hop de la scène underground à la scène grand public.

Grégoire Bienvenu, dont la thèse se concentre sur les enjeux socio-culturels liés au développement du rap chinois, approche le hip-hop chinois à travers deux thèmes : l’hybridité culturelle et l’ideotainment. L’hybridité culturelle observe la manière dont le hip-hop a été intégré par la jeunesse chinoise puis réinterprété pour présenter ses propres particularités. L’ideotainment, théorisé par Johan Lagerkivst, décrit l’instrumentalisation par le pouvoir politique de la culture pop. Cela se traduit par une constante négociation entre les rappeurs et les autorités.

Grégoire revient ensuite sur une étude réalisée le mois dernier pour une future publication dans Perspectives Chinoises, où il examine les réactions des rappeurs chinois face au Covid-19, notamment à travers l’analyse du vocabulaire utilisé dans leurs chansons parues pendant cette période. Pour illustrer ses propos, il ponctue sa présentation d’images, d’extraits musicaux et de courtes vidéos des rappeurs chinois.

On voit qu’au début de la crise sanitaire, le vocabulaire utilisé dans les chansons est mélioratif et apporte un message positif, en soutien au récit des autorités chinoises qui présente une Chine mobilisée dans la lutte contre le coronavirus. Les images utilisées ont également leur importance. Le monde médical est omniprésent, symbolisé à travers le masque chirurgical et la figure du médecin (tantôt héroïque ou guerrier), mais toujours décrit en termes généralistes et métaphoriques pour éviter une prise de position politique.

Toutefois, à partir de la troisième semaine, le vocabulaire utilisé évolue vers un lexique plus sombre et relatif à la mort, qui, même s’il paraît anodin ou peu critique, montre déjà une prise de position. Des mots tels que « Wuhan » ou « virus », non censurés dans les chansons mélioratives, se retrouvent réduits à leurs initiales pour éviter ce que Margaret E. Roberts appelle la censure poreuse, c’est-à-dire censurer ces mots quand ceux-ci se trouvent associés à un champ lexical négatif. Pour éviter la censure, les rappeurs déplacent le récit dans une fiction en évitant de mentionner ces mots-clés, ou décident de ne pas diffuser leurs chansons sur les plateformes d’écoute.

Extrait de la vidéo diffusée par Grégoire Bienvenu intitulée « Life is Beautiful ».

Malgré une critique du gouvernement parfois assez claire dans ses paroles, le hip-hop chinois ne doit pas être simplement ramené à un affrontement de David contre Goliath. Le modèle économique, qui découle principalement des performances sur scène, a été fortement impacté par l’arrêt de toute production live dû au coronavirus, et les artistes se doivent de continuer à publier malgré une critique à leur encontre d’opportunisme commercial. Grégoire Bienvenu soutient que dans le contexte chinois,  l’économie impose des normes qui structurent la composition musicale, et ce facteur est peut-être même plus important que le politique.

Pour conclure, Grégoire Bienvenu avance deux enseignements à tirer de cette étude : premièrement, le rap chinois, quoique pouvant paraître peu critique envers le gouvernement, n’est pas apolitique. Deuxièmement, même si les autorités contrôlent le contenu à travers la censure, le facteur économique joue un rôle majeur dans la prise de position des rappeurs et constitue la structure sous-jacente à la scène hip-hop chinoise.

Lors de la session de questions-réponses, Grégoire Bienvenu a pu différencier la scène hip-hop de la scène punk chinoise, bien plus critique car restée underground. De plus, en appliquant la théorie de l’ideotainment, le cas chinois peut être assimilé à la situation en Russie où les autorités ont ouvertement déclaré ne pas vouloir censurer le hip-hop, mais bien le réinterpréter, ce qui n’est pas le cas en Corée du sud ou au Japon. Grégoire a pu revenir sur la différentiation des groupes de rap selon leur ville (Chengdu, Xi’An ou encore Changsha) mais également selon les langues utilisées, comme le rap au Xinjiang, au Tibet ou encore en Mongolie intérieure qui parfois sont en dialecte local. Enfin, Grégoire Bienvenu a indiqué que les rappeurs chinois qui font des tournées à l’international, et notamment aux États-Unis, ne sont pas plus critiques pour autant. Ceux-ci n’utilisent pas les mêmes codes que dans le rap américain (sexe, crime, drogue) car ils ciblent principalement un public estudiantin chinois aisé – ici encore le poids économique semble être prioritaire – et marqué par le nationalisme chinois à l’étranger.

Cette session, quoique réalisée en ligne, a été très chaleureuse et a permis de rassembler des étudiants désormais aux quatre coins du monde.